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 QUELQUES  NOTES  CONCERNANT  L'HISTORIQUE 

DU LYCEE  D'ENSEIGNEMENT  SECONDAIRE  POLYVALENT VAUVENARGUES  D'AIX-EN-PROVENCE

 

Par Georges CHEYLAN et Jean GANNE

 

    De la même façon que sont imbriqués  les deux établissements aujourd'hui, il est bien difficile de dissocier l'histoire de l'un sans aborder celle de l'autre.

 

Les renseignements ci-dessous ont été collationnés par deux anciens enseignants de l'établissement, maintenant retraités :

                         - Georges Cheylan, qui fut professeur d'histoire et géographie pendant de très nombreuses années (jusqu'à sa retraite en 1976) au Lycée polyvalent Vauvenargues, après y avoir été lui-même élève puis être entré à l'Ecole Normale d'Instituteurs d'Aix (promo 1929-1931). Il avait effectué les quelques recherches historiques ci-dessous vers 1972-1973 : elles avaient paru dans le bulletin de liaison de l'époque, destiné aux enseignants de l'établissement, et son ami J. Ganne les a retranscrites suivant le texte original de l'auteur, très âgé maintenant.

                         - Jean Ganne, qui fut professeur de dessin et d'arts plastiques à ce même lycée, de 1955 à 1981.Il acheva le reste de sa carrière, jusqu'en 1992, au Collège Saint-Eutrope (quartier Saint Donat), nouvellement créé en 1981 pour accueillir en particulier les élèves du premier cycle de l'enseignement secondaire, supprimé (de la classe de 6e à la 3e) au Lycée Vauvenargues et transféré à ce collège alors tout neuf. Il a réuni quelques documents personnels et évoque certains souvenirs sur l'établissement tel qu'il l'a connu à partir de sa première nomination d'enseignant, en1955.

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I - LES ORIGINES DU LYCEE

             Le nouvel élève ou le visiteur qui débouche dans la cour d'honneur s'étonne. Cette vaste cour, ce cloître ogival qui la ceinture, le bassin central et sa colonnette étêtée aujourd'hui disparue, les fenêtres trilobées et la grande rose de la chapelle… tout cela le transporte dans les temps lointains du Moyen-Age…

 1° - Un Séminaire

             Il nous faut les détromper. En effet, si l'on examine le plan détaillé qui accompagne le volume classique de Roux-Alphéran sur les "Rues d'Aix", un plan qui date seulement de 1848, nous ne trouvons pas trace de notre établissement. Près de l'actuelle Ecole des Arts-et-Métiers figurent bien des constructions, mais ce sont celles d'une manufacture de soie, aujourd'hui démolie bien sûr, et, entre celle-ci et l'impasse de Gallet-Cantant, s'étendait le vaste terrain du Jeu de Mail, fréquenté par nos grands-pères… depuis 1611 (le jeu de mail, très populaire jusqu'au début du XXe siècle, pourrait s'apparenter au jeu de croquet actuel. Mail = maillet – NDLR).

             Ce terrain fut acheté en 1856 par l'archevêque d'Aix, Monseigneur Darcimoles, avec l'intention d'y installer le Petit Séminaire d'Aix. Les plans furent dressés par l'architecte diocésain Henry Revoil (né à Aix en 1822, mort en 1900), archéologue et bâtisseur éminent, un des disciples les plus appréciés de Viollet-le-Duc, dessinateur impeccable qui émerveillait par la précision de ses traits, par la netteté et le relief des formes de ses détails ornementaux.

             A Aix, Revoil est entre autres l'auteur de la façade de l'église de la Madeleine, qui n'avait jamais été achevée et qu'il dota d'un placage dans les années 1855 à 1860. Il a participé à la construction et à la décoration de la cathédrale de Marseille. Il a restauré ou contribué à la restauration du cloître de Montmajour (Arles), de l'abbaye St Victor (Marseille), de la façade de la cathédrale de Lyon, de la salle Benoît XII au palais des papes d'Avignon, des arènes de Nîmes, des arènes d'Arles, du château de Tarascon, de l'abbaye de Silvacane. Ses dessins les plus célèbres, et qui furent envoyés à l'Exposition Universelle de Paris de 1878, sont l'église de St Gabriel, près de Tarascon, le cloître de Montmajour et les peintures de la Tour Ferrande à Pernes (Vaucluse). Ne nous étonnons pas si les destinées de la construction, les goûts du prélat et de l'architecte plaidaient en faveur d'un style des anciens âges chrétiens. Et voilà pourquoi cet édifice, terminé il y a moins de 120 ans (le texte date de 1972 – NDLR), se pare d'un cloître et d'une chapelle de style médiéval !

             La construction, achevée en 1859, se présentait comme un vaste parallélogramme dont les côtés étaient occupés par les divers bâtiments auxquels on accède par un porche central et qui étaient desservis par une galerie intérieure formant cloître. L'architecture, de style ogival, était simple, sévère comme il convient à la destination de l'édifice (séminaire). Le cloître évoquait le style du XIIe siècle, la chapelle celui du XIIIe. Celle-ci, située au centre du bâtiment Est, en face du porche, était à une seule nef, de forme très élégante. Elle possédait un maître-autel en bois de chêne sculpté et les vitraux représentaient des saints et des saintes de Provence. En 1875, un Collège fut annexé au Petit Séminaire.

 2° - Une Ecole Primaire Supérieure.

             En 1909, la ville devint propriétaire des bâtiments qui jouxtaient donc l'Ecole des-Arts-et-Métiers et le couvent des Carmélites, aujourd'hui Collège d'Enseignement Technique (maintenant, Lycée Professionnel, suivant les dernières dénominations officielles – NDLR). La municipalité avait décidé d'y placer une Ecole Primaire Supérieure de garçons, en même temps qu'elle installait une E.P.S. de filles dans les locaux d'un autre établissement religieux, aujourd'hui lycée Campra.

             Pourquoi ces créations ? Parce que, dans l'ancienne cité du roi René qui manifestait depuis la fin du XIXe siècle un vif attachement à la cause de la IIIe République et du progrès social : la Municipalité, les autorités académiques (notamment le recteur Payot), les parents d'élèves, plusieurs groupements demandaient avec insistance l'ouverture de ces écoles.

             Nous n'avons retrouvé que peu d'archives. A ce propos, nous citerons l'une d'elles qui est significative. Elle émane de Monsieur Richaud (qui fut de longues années professeur économe à l'Ecole Normale d'Instituteurs d'Aix), vénérable de la loge "les Arts et l'Amitié" : "Les enfants de 12 à 16 ans de la population ouvrière de la Ville ne peuvent compléter leur instruction… Il y a bien le lycée (Lycée Mignet et Lycée de la place des Prêcheurs), mais les études y sont longues et onéreuses ; par ailleurs, la Ville, qui possède pourtant une Ecole d'Ingénieurs des Arts-et-Métiers, ne dispose d'aucune école d'Etat dispensant l'instruction professionnelle. Il faut donc créer le complément naturel des écoles primaires élémentaires… et donner aux adolescents un enseignement démocratique, rationnel et laïque".

             Le Directeur fondateur fut Monsieur Bernard, ancien professeur-directeur de l'Ecole Annexe de l'Ecole Normale d'Instituteurs, dont le Maire d'Aix invoquait la haute valeur professionnelle "et les grands services qu'il a rendus… comme organisateur et animateur de l'Université Populaire de l'Arrondissement d'Aix" (lettre du 16 janvier 1910). En ce temps, la nomination des directeurs dépendait étroitement des autorités académique et municipale. On relèvera aussi ce trait : une Université Populaire à Aix. Effectivement, la soif d'apprendre était grande dans les milieux populaires et la Bourse du Travail d'Aix avait des cours du soir très vivants, où on enseignait même le latin (le professeur de cette discipline étant le peintre Ravaisou).

             C'est donc en 1909-1910 que l'Ecole Primaire Supérieure s'installa dans les locaux construits par Revoil. En avril 1910, les classes ouvraient et, quatre mois plus tard, on enregistrait le premier palmarès : 5 élèves reçus au Brevet Elémentaire et 2 au concours d'entrée à l'Ecole Normale d'Instituteurs.

 3° - Une vocation technique.

             En 1911, les effectifs atteignent 164 élèves et le palmarès indique 12 reçus au Brevet Elémentaire et 7 au concours d'entrée à l'Ecole Normale, avec les numéros 1-3-4. C'est une réussite ! Mais à la section que nous appellerions aujourd'hui "moderne" va vite s'ajouter une section professionnelle, industrielle d'abord, puis commerciale. Cette diversification d'activités assure à l'école une clientèle nombreuse (pour l'époque) et qui croît, surtout à la suite de la création, en 1921, d'une section spéciale préparatoire au concours d'entée à l'Ecole des Arts-et-Métiers (une classe préparatoire à ce concours fonctionnait déjà au Lycée Mignet). Les chiffres de cette progression méritent d'être cités :

             - 1911 : 164 élèves dont 72 internes

            - 1918 : 194    "           " 111    "

            - 1919 : 239    "           " 169    "

            - 1920 : 275    "           " 175    "

            - 1924 : 287    "           " 180    "           (et 62 internes refusés)

            - 1926 : 328    "           " 203    "           (et 65 internes refusés)

On remarquera la forte proportion d'internes. En 1925, le Directeur s'enorgueillissait de recevoir les élèves de 25 départements, de l'Algérie, Tunisie, Maroc…

             En 1926-27, nous arrivons donc à un effectif d'élèves et d'adolescents aspirant à la devenir approchant les 400 élèves. L'extension de l'E.P.S. s'imposait. Quoi de plus naturel que d'envisager de construire des bâtiments nouveaux dans les jardins et les bosquets (qu'occupent aujourd'hui la cour de récréation et le gros bâtiment de l'externat) ? Mais la Municipalité, invoquant ses difficultés financières, ne peut que se résoudre à louer les locaux d'un établissement scolaire privé, jusque-là spécialisé dans la préparation au concours d'entrée à l'Ecole des Arts-et-Métiers, l'école Dombre, située boulevard Notre-Dame (les locaux serviront par la suite d'Ecole Primaire de Garçons et de Centre d'Apprentissage Albéric Laurent).Cette école Dombre pouvait recevoir 200 élèves et ses locaux devaient servir essentiellement à l'internat.

             En octobre 1928, l'Ecole Primaire Supérieure, que nous appelons "la SUP", se présentait donc sous la forme de deux établissements jumelés :

                        - les externes des grandes et moyennes classes et les 80 internes des grandes classes étudiaient et logeaient dans les locaux du boulevard Carnot.

                        - les externes des petites classes, les internes des classes moyennes et de début étudiaient et logeaient à l'école Dombre.

            Classes et dortoirs se trouvaient, pour certains, en des lieux différents et le réfectoire seulement à Dombre, ce qui valait aux élèves des promotions 1928, 29, 30 de faire quatre fois par jour le monotone trajet boulevard Carnot-boulevard Notre-Dame, par les artères extérieures…Puis l'E.P.S. regroupa tous ses élèves et abandonna les locaux de l'école Dombre.

 Georges Cheylan

 

  II - L'ETABLISSEMENT DANS LES ANNEES 1955-1960

             Note : Les quelques souvenirs ci-dessous, d'un professeur et qui concernent son établissement, sont extraits de "Un passé simple", par J. Ganne (anecdotes autobiographiques et souvenirs personnels), livre à destination familiale rédigé en 2.000.

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             (Tout fraîchement sorti de son année de formation pédagogique à Strasbourg, le Parisien que j'étais jusqu'alors débarqua à Aix-en-Provence, en septembre 1955, pour occuper son premier poste d'enseignant. J'avais eu la chance inouïe d'obtenir cette ville de Provence fort enviée et étais tout juste âgé de 23 ans…).

             Un de mes premiers soins fut de me rendre auprès de l'établissement scolaire où j'étais nommé, afin de juger au moins de son aspect (je supposai qu'il était encore fermé, la rentrée devant s'effectuer dans plus d'une semaine). Il portait alors le nom pompeux de "Collège Moderne et Technique de garçons", après s'être appelé "Ecole Primaire Supérieure" (la "Sup", pour les vieux aixois), et devenir plusieurs années après le "Lycée Vauvenargues". Le terme de "collège" ne recouvrait pas la même signification que de nos jours : collèges aussi bien que lycées commençaient dès la sixième. La première différence consistait dans la durée des études, car les collèges n'avaient pas de classe de première ni de terminale (années des baccalauréats), sauf en ce qui concernait les sections spéciales techniques ; l'autre distinction était la nature des langues, car il n'y avait ni grec, ni latin au collège (les langues mortes étaient encore du nombre des "humanités" jugées traditionnellement indispensables par la bonne société, et restaient par définition le symbole par excellence de la culture secondaire traditionnelle...). Le baccalauréat comprenait alors deux parties successives et de multiples matières, il ne faut pas l'oublier, l'une en fin de première et l'autre en classe de terminale : on n'était pas admis en terminale sans avoir obtenu le diplôme précédent.

             Aix était à cette époque la seule ville du secteur à offrir des établissements secondaires. Sinon, il fallait se rendre à Marseille ou à Salon. Seules, quelques grosses bourgades des environs possédaient des Collèges d'Enseignement Général (C.E.G.), auparavant appelés "Cours Complémentaires", qui s'arrêtaient au brevet (les meilleurs élèves arrivaient à passer parfois au lycée, en section "moderne"). C'était le cas, par exemple, à Gardanne ou à Gréasque, et le recrutement des élèves passait pour y être nettement moins bon que celui d'un lycée. L'enseignement y était alors dispensé par des instituteurs spécialisés, choisis par l'inspecteur.

             En 1955, il y avait à Aix, en tout et pour tout, quatre établissements secondaires, nettement séparés selon le sexe des élèves, et tous dans des locaux très vétustes.

            - Le lycée Mignet (garçons), de vieille tradition et de grande réputation. Il drainait la population scolaire masculine issue de la bourgeoisie aixoise. Du temps de Cézanne et de Zola, qui y furent élèves, il se nommait collège Bourbon. Vers 1975, époque de la construction du lycée Zola, il est devenu "collège de premier cycle Mignet". Il existait de longue date une rivalité entre le lycée Mignet et le Collège Moderne, l'un passant pour aristocratique et conservateur, l'autre pour plus dynamique et populaire. Il est certain que beaucoup de professeurs de Mignet, particulièrement les vieux agrégés en fin de carrière imbus de leurs titres, affichaient ouvertement leur dédain pour les autres établissements, leurs élèves aussi bien que leurs enseignants...

            - Le lycée des Prêcheurs (filles), exacte réplique féminine du précédent. Lui aussi est devenu, après la construction du lycée Cézanne, "collège de premier cycle des Prêcheurs".

            - Le collège Moderne Campra (filles), pendant du collège où je venais d'être nommé, où les classes s'arrêtaient en fin de seconde. Après, les élèves s'orientaient vers le lycée, ou bien tentaient le concours d'entrée à l'Ecole Normale d'Institutrices ou divers examens administratifs.

            - Le collège Moderne et Technique de garçons du boulevard Carnot enfin, où seule la section technique préparait directement le baccalauréat (les élèves y entraient sur concours, en fin de cinquième). Etait annexée la classe préparatoire à l'école d'ingénieurs des Arts et Métiers (alors d'une durée d'un an). Un centre d'apprentissage annexé, qui préparait uniquement au C.A.P., venait tout juste d'ouvrir en cette même année 1955 dans des locaux voisins, mais bien distincts.

             A ces établissements, on peut ajouter les deux Ecoles Normales d'Instituteurs-trices de la rue Jules Isaac (là encore, filles et garçons étaient nettement séparés), où le concours d'entrée était sévère, la discipline rigoureuse et l'internat de règle. Le pensionnat de la Nativité, proche et situé lui aussi sur le boulevard Carnot; était alors, à tous points de vue, privé, les études y étant entièrement payantes (l'Etat ne subventionnait pas à l'époque ce type d'établissement catholique, au nom du principe de laïcité de la quatrième république), et il recrutait soit parmi les enfants de familles particulièrement pratiquantes, soit le plus souvent parmi des élèves renvoyés d'autres établissements et que leurs parents, aisés, voulaient à toute force "pousser dans leurs études". A cette époque en effet, surtout passé l'âge de 14 ans, un lycée ou un collège pouvait très bien mettre un élève à la porte de l'établissement pour des raisons de travail ou de conduite, et il était alors repris dans une classe primaire, dans un cours privé ou... allait en apprentissage direct ("vie active").

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            Je me rendis donc sur le boulevard extérieur afin d'examiner les lieux où je devais débuter ma vie d'enseignant... et, en fait, rester pendant 26 ans ! Stupeur : j'avais devant moi l'entrée et la façade d'une sorte d'abbaye de style néo-gothique (Vue 02 - Vue 06  –  Vue 16) ! Vieux, mal entretenu, l'aspect du bâtiment n'était pas engageant, et en tous cas ne correspondait guère à l'idée que je me faisais de l'enseignement public, laïque et républicain… Je possède quelques cartes postales, éditées par l'amicale des Anciens Elèves d'alors, qui sont très évocatrices de ces lieux aujourd'hui disparus : cette façade fut en effet entièrement démolie quatre années plus tard, en 1959-60, lorsqu'on reconstruisit presque totalement le collège, ce qui d'ailleurs fut une superbe bêtise de la part de l'architecte, fort critiquable en la circonstance, et une négligence impardonnable des services de la ville d'Aix de l'époque, qui laissèrent faire. (vue plongeante de l'établissement)

             Il était fort possible en effet de restaurer et de consolider ce témoignage de l'architecture du milieu du XIXe siècle, au lieu de presque tout détruire à grands coups de pelles mécaniques. La chapelle fut en grande partie écrasée, y compris ses grands vitraux encore en bon état, ses mosaïques de sol et ses peintures murales caractéristiques, qui aujourd'hui seraient certainement protégés par le service des Monuments Historiques (Vue 09Vue 10). Je ne pus alors, juché sur une grande échelle et aidé par le factotum M. Béoletto, que récupérer au milieu du chantier et avant anéantissement quelques parties de vitraux destinées à des explications techniques données à mes grands élèves (ce qui entraîna l'autorisation du directeur d'alors pour cette intervention inhabituelle et un peu sportive). J'ai d'ailleurs conservé quelques-uns de ces fragments, à titre de souvenirs.

             Une énorme grille en fer forgé, noire, barrait le porche, impressionnante et rébarbative (Vue 06). Je sonnai. Sortant de sa loge de concierge, à gauche de l'entrée, apparut une petite dame, âgée et toute bossue, étonnée de voir un si jeune homme, à l'accent parisien, qui prétendait être un nouveau professeur et demandait, si possible, une brève audience à monsieur le directeur... Avec force explications, exclamations et sourires, mademoiselle Pardigon m'indiqua la situation du bureau, pendant que j'observais discrètement le plafond du porche, bien délabré entre les boudins de sa croisée d'ogives.

             Après quelques pas, nouvelle surprise : je pénétrai directement dans la cour d'un cloître, entourée de piliers, d'arcs et de fenêtres gothiques, ornée par quelques énormes pins d'Alep et, au centre, par un bassin (Vue 12Vue 21). Du milieu du plan d'eau émergeait une colonne lisse, surmontée d'un chapiteau de style néo-roman (23). Contre le mur, juste à côté de la sortie et de la loge de la concierge, une cloche destinée à signaler les rassemblements munie de sa traditionnelle chaîne pendante. En face, sous les arcades, on devinait l'entrée d'une chapelle (celle-là même dont je devais récupérer des vitraux quelques années plus tard), au tympan orné de saints personnages peints à fresque et de phrases liturgiques en caractères gothiques inscrites sur diverses banderoles. Un étage, muni de fenêtres ogivales, surmontait tout le tour de la galerie à arcades : j'appris par la suite que la partie longeant le boulevard enfermait les services administratifs, la salle des professeurs et celles de permanence, et qu'au-dessus était situé l'immense dortoir des élèves internes. Les trois autres ailes étaient consacrées à l'enseignement proprement dit, réfectoire et cuisines occupant toute la face Sud-Est. Les ateliers des sections techniques, indépendants, étaient placés par derrière, sur un côté de l'immense cour de récréation en terre battue, dans un local récemment construit.

             En fait, ces locaux étaient ceux d'un ancien Petit Séminaire (Vue 01Vue 15), construit vers 1850 selon la mode de l'époque, et annexé ensuite pour l'Instruction Publique lors de la séparation des Eglises et de l'Etat. Autant que je sache, ce terrain avait été auparavant un "mail" (sorte de jeu de croquet, fort prisé par les anciens) en bordure de l'ancienne ville et de ses remparts, et, plus anciennement encore, avait également servi de maladrerie où on avait rassemblé hors de la ville les pestiférés pendant des épidémies. Evidemment, la présence limitrophe de l'école des Arts et Métiers n'était pas étrangère à l'orientation plutôt technique de l'établissement.

             Je fus introduit dans le bureau de M. le principal Guillaume (Vue 28). Je m'attendais presque à trouver un père supérieur, en soutane et tonsuré : or m'accueillait un grand civil à cheveux blancs, manifestement proche de la retraite (il la prit effectivement trois ans après), droit comme un I, d'allure vive, au parler très direct. Il ne me cacha pas sa satisfaction de voir enfin arriver un véritable professeur spécialisé en "dessin d'art", titulaire de surcroît, et cela pour la première fois dans son collège (en fait pointait là encore une sorte de complexe d'infériorité par rapport au lycée Mignet, qui à lui seul possédait déjà deux professeurs de dessin...).

             Effectivement, le "père Guillaume" avait le plus grand mal, chaque année, à trouver des enseignants volontaires pour assurer les heures obligatoires d'enseignement artistique, et devait parfois partiellement renoncer. Les rares qui "savaient à peu près dessiner" effectuaient ainsi un semblant d'enseignement, faute de mieux (le professeur de dessin technique, celui de sciences naturelles en particulier...). Quant aux résultats, ils ne pouvaient qu'être à la hauteur des capacités de ces instructeurs occasionnels ! Lorsqu'il ajouta que, faute de salle spécialisée, je devais faire cours dans un local préfabriqué, au centre de la grande cour, dépourvu de point d'eau et où se déroulaient également d'autres classes quand je n'y étais pas, et que j'appris par ailleurs que le matériel (modèles, documents, armoires de rangement, etc...) était totalement inexistant, je commençai à prendre conscience des problèmes qui m'attendaient... Les conditions de départ avaient de quoi décourager, mais au moins l'accueil était sympathique et le désir de m'aider semblait évident. En tous cas, le débutant que j'étais ne risquait pas faire moins bien que ses prédécesseurs "amateurs" !

             Après avoir quitté le chef d'établissement, je continuai ma brève visite des lieux. De l'autre côté de l'enceinte du petit cloître, l'immense cour en terre battue était plantée de quelques vieux conifères tordus, et agrémentée en son milieu par une sorte de piscine-bassin rectangulaire vide et désaffectée, toute fendillée et assez inattendue ; elle n'existe plus, comblée lors des travaux de 1958. L'énorme bâtiment rectangulaire d'enseignement général n'existait pas encore et, faute de place suffisante autour du cloître pour accueillir les élèves, on avait monté dans cette grande cour six édifices préfabriqués en bois, accolés deux par deux (vue plongeante légendée). Il s'agissait de véritables cabanes en planches, juste assez grandes pour contenir trente cinq élèves, toutes tristes et, je m'en aperçus par la suite, glaciales en hiver et torrides en été.

             Je fis également connaissance avec l'intendant, M. Mathoulin, très cordial, avec lequel je précisai ma situation administrative : c'était en effet lui qui, à cette époque, réglait directement les traitements des fonctionnaires de l'établissement, y compris les enseignants, et non comme maintenant le Trésorier Payeur Général. Devant le dénuement matériel auquel j'étais confronté pour démarrer mes cours, il me promit quelques crédits de fonctionnement, malgré ses difficultés de gestion. En cette année 2000, M. Mathoulin vit toujours, à Aix. Quant au père Guillaume, il est décédé il y a seulement une dizaine d'années, presque centenaire.

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            La rentrée scolaire eut lieu sans problème particulier, tout au moins en ce qui me concerne. De manière générale, les élèves étaient sympathiques, simples et directs, et pour la plupart d'origine modeste, ce qui n'était pas pour me déplaire, loin de là. Il y avait beaucoup d'internes, surtout en section technique, mais le nombre total de collégiens était relativement restreint (environ 400) : les locaux insuffisants limitaient l'effectif. Tous montraient une bonne volonté évidente, surtout pour une matière nouvelle pour eux ou tout au moins enseignée dorénavant avec une certaine méthode et des conseils précis. Mais il existait une nette différence de comportement par rapport aux élèves d'Alsace, toujours disciplinés et discrets. Là, si la communication était directe, les réactions l'étaient aussi, et l'agitation, la vivacité des gestes et les bavardages étaient beaucoup plus fréquents que dans les classes de l'Est, ce qui rendait les cours nettement plus épuisants !

             Dans les lycées, on utilisait alors presque uniquement la gouache pour les travaux en couleurs, car les stylos-feutres n'existaient pas encore et les marqueurs venaient juste de faire leur apparition, rechargeables et très chers (dans le documentaire "le mystère Picasso", de H.G. Clouzot, le peintre utilise un de ces premiers spécimens). Or il n'y avait pas de point d'eau dans ma salle, et il fallait aller s'approvisionner au robinet situé de l'autre côté de la cour, avec deux grands seaux en tôle. Un médiocre petit tableau, inévitablement noir, complétait l'équipement général... Aucun livre, aucun appareil à projection. Les élèves disposaient de vieux bureaux datant des origines de l'établissement, avec des plateaux dont le rebord était entaillé d'encoches faites au canif et dont le dessus était garni d'inscriptions variées, grossières ou vengeresses, sculptées en creux ou simplement tracées au stylo. Je disposai d'une superbe estrade, aussi inutile que prétentieuse, destinée en principe à rehausser la taille du maître, mais surtout à artificiellement mieux affirmer son autorité. Je voulus m'en débarrasser, mais me heurtai alors à quelques collègues officiant dans la même salle qui n'entendaient pas (par complexe ou traditionalisme ?) être dépossédés de ce symbole jugé par eux indispensable à leur prestige. J'abandonnai donc provisoirement mes prétentions de jeune novateur en aménagement d'intérieurs scolaires... Exemple de l'attitude guindée de beaucoup d'enseignants d'alors : j'avais surpris et un peu scandalisé quelques "anciens" qui m'avaient tout simplement vu assis directement sur le bureau pour donner plus commodément des explications à mes élèves : "cela ne se faisait pas", surtout pour un professeur presque aussi jeune que ceux auxquels il s'adressait ! Il faut également préciser que j'ai encore vu, dans les années 1950-60, des collègues, certes âgés, qui n'enseignaient qu'en costume noir et chemise blanche, comme au début du siècle, même par les pires canicules...

             Au cours de l'hiver qui suivit, je découvris tout le charme du système de chauffage du local. L'unique poêle en fonte, cylindrique, trônait au centre de la pièce, au milieu des tables, relié au plafond par un énorme tuyau, apparent sur toute la hauteur. L'engin n'avait pas une contenance suffisante pour tenir la journée ; aussi, au beau milieu d'un cours, on voyait parfois surgir le préposé, un vietnamien (on disait alors indochinois) tout petit et maigre nommé Than, muni de deux seaux et d'un grand tisonnier. Il parlait à peine le français, et se confondait en excuses de devoir déranger la sacro-sainte classe. Il se mettait aussitôt à vigoureusement fourrager dans la base de la chaudière, à extraire les cendres et à alimenter le foyer en boulets de charbon . L'opération durait jusqu'à une dizaine de minutes, était fort bruyante et nauséabonde, et il fallait immanquablement ouvrir ensuite les fenêtres pour dégager la fumée qui avait envahi la salle... Depuis plusieurs années, il était question de créer un nouveau corps de bâtiment, en dur, et de consolider les parties anciennes du cloître (certaines étaient franchement dangereuses !), mais rien n'avait été encore entrepris par la mairie, qui avait alors la charge de réaménager ce type d'établissement, et les baraquements perduraient depuis plusieurs années.

            J'étais installé dans mon poste depuis seulement un ou deux mois lorsque survint l'Inspecteur Général, qui avait entrepris un petit tour de France afin de se rendre compte de la façon dont la première année d'enseignement démarrait pour l'ensemble de la nouvelle promotion de professeurs de dessin, dont il avait initié la formation. Il y avait alors bien moins d'établissements secondaires que maintenant, et Machard était le seul inspecteur dans notre spécialité pour l'ensemble du territoire national : le corps des I.P.R. (inspecteurs pédagogiques régionaux) de dessin ne fut créé que vingt cinq ans plus tard environ. Effaré par le dénuement matériel dans lequel je devais faire mes cours, il me fit aussitôt attribuer par le ministère un appareil à projections pour diapositives, accompagné de quelques séries de vues sur l'histoire de l'art, le costume, le vitrail, etc... Cette dotation inespérée fut une réelle aubaine pour moi. L'utilisation des diapositives dans l'enseignement n'était alors que très peu répandu, et les projections avaient un attrait pour les élèves que l'on imagine mal de nos jours, alors que télévision et vidéo sont déjà d'un usage très fréquent en pédagogie, et que les établissements sont, maintenant, presque tous connectés à Internet.

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             Je déjeunais parfois au collège où j'enseignais, mais assez rarement. Le réfectoire était immense, sonore et triste à la fois, vieux et sale d'aspect : c'était l'ancienne salle où les séminaristes prenaient leurs repas (totalement réaménagée et divisée en plusieurs pièces depuis, après la construction en 1960 d'un nouveau réfectoire en rotonde, à côté du lycée professionnel). Les adultes n'y disposaient pas d'une salle véritablement séparée permettant d'oublier momentanément la présence, trop bruyante, des élèves. Je préférais me rendre, à midi, au lycée Mignet, plus agréable, où de plus les repas étaient d'une qualité exceptionnelle, et qui admettait les enseignants de notre établissement en attendant la construction de notre futur réfectoire, prévu depuis des lustres. Mais la plupart du temps, j'allais tout simplement, d'un saut de scooter, à l'unique restaurant universitaire qui existait alors, avenue Abram : je m'étais inscrit en Faculté, section histoire, pour pouvoir bénéficier de quelques avantages liés au statut d'étudiant et pouvoir assister à certains cours.

             Les élèves de mon collège, dont certains de seconde avaient tout juste quelques années de moins que moi, étaient souvent enfants d'agriculteurs, et avaient fréquemment leur domicile très éloigné d'Aix. Beaucoup étaient donc internes, surtout dans les sections techniques qui commençaient alors en quatrième, mais parfois aussi dès la sixième. Je parlerai plus loin des conditions déplorables d'hygiène et de confort de cet internat, qui, comme les bâtiments même du collège, étaient dignes d'un autre siècle... Ces internes portaient obligatoirement la triste blouse grise traditionnelle. Les élèves étaient encadrés par deux Surveillants Généraux (qui ont évolué maintenant en "conseillers d'éducation", et que les élèves nommaient alors "surgés"), qui jouaient avant tout le rôle d'adjudants de quartier, distribuant allègrement taloches et consignes. Des étudiants, surveillants d'externat (études) mais aussi d'internat (dortoir), étaient sous leurs ordres. C'est ainsi que j'ai connu dans cet emploi, durant les deux premières années où j'enseignais, Serge Bec, félibre, écrivain et poète fort connu en pays d'Apt, et son inséparable copain Pessemesse, maire de Buoux depuis de nombreuses années et également restaurateur et écrivain. Tous deux d'ailleurs, à juste raison, ne prenaient pas leur emploi temporaire très au sérieux...

             La tenue vestimentaire des enseignants était, elle aussi, assez uniformisée et traditionnelle, et n'admettait guère de fantaisies, tout au moins concernant les hommes : cravate et veste, de préférence assez sombres et ternes, étaient de rigueur. C'est seulement après les années 1968-70 que s'estompera ce type de rapport obligatoire et artificiel entre le costume et le rôle social, et cela dans presque tous les domaines d'activité (sauf peut-être le milieu bancaire, plus guindé à cet égard).

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             Je découvris également la douceur de l'hiver en Provence : j'étais stupéfait de pouvoir me promener, en plein mois de novembre, sans gabardine ni manteau, avec tout juste une légère veste, sous un splendide et chaud soleil et un ciel sans aucun nuage. Je m'en rendis d'autant mieux compte que, lors des vacances de Noël, je retrouvai pendant quelques jours la grisaille parisienne.

             Cette béatitude fut bientôt sérieusement mise à mal, peu après mon retour, en janvier. Comme souvent dans le Midi, le froid, s'il survient, s'installe plutôt en fin d'hiver. Et ce début d'année marqua un record mémorable en la matière : ce fut le fameux hiver 1955-56, de sinistre mémoire, au cours duquel presque tous les oliviers gelèrent, et où le thermomètre atteignit (et dépassa parfois) moins dix-huit degrés durant le début du mois de février. Ce fut catastrophique, dans une ville où rien n'était prévu pour de si basses températures. Les conduites d'eau gelaient les unes après les autres et éclataient ; les évacuations sanitaires et les tuyaux d'écoulement des eaux usées, eux aussi apparents en façade des maisons et donc sans protection, étaient bloqués par la glace et, de plus, avaient répandu leurs liquides sur les trottoirs et les rues, après s'être fendus ; les véhicules et les camions de livraison ne pouvaient pratiquement plus circuler sur le sol transformé en patinoire ; les jambes cassées ne se comptaient plus, et l'hôpital était complètement débordé... En bref, ce fut une véritable panique générale, qui se prolongea presque une quinzaine de jours. Chaque matin, à grand renfort d'eau chaude, chacun essayait de déboucher les conduits des W.C., souvent en vain ! Le ravitaillement même était mal ou pas du tout assuré. Une tentative pour me rendre au collège en scooter se solda immédiatement par des dérapages totalement incontrôlés...

             Au début, chacun espéra une rapide amélioration, et une certaine activité essaya de se maintenir dans la ville. Mais bientôt je ne fus plus qu'un des rares enseignants à pouvoir me rendre à pied sans difficultés insurmontables au collège, relativement très proche de mon petit domicile, place des Trois Ormeaux. Il fallut finalement fermer l'établissement, malgré les véhémentes protestations de notre obstiné Principal qui mettait son point d'honneur à vouloir le maintenir ouvert contre tout bon sens, alors que les autres lycées avaient déjà cessé leur activité depuis plusieurs jours. Plus de la moitié des élèves externes étaient absents, ne pouvant se rendre à l'école, et la plupart des internes qui avaient pu partir chez eux en fin de semaine n'étaient pas revenus. Les autres pensionnaires devaient subir un froid glacial dans le dortoir, où le chauffage ne fonctionnait plus et où le système sanitaire était inutilisable. Il fallut pratiquement une protestation des parents et plusieurs démarches de professeurs pour qu'enfin le père Guillaume consente à décider l'arrêt des cours, tout en pestant contre le "laisser-aller méridional" et le manque de combativité des gens du Sud en face des assauts de l'hiver (il était Lorrain...) : tout juste s'il n'évoquait pas la guerre des tranchées ou les expéditions au pôle Sud d'Amundsen !

             C'est à cette occasion que je pus entrer dans le dortoir des internes, qui occupait tout le premier étage de l'aile Nord-Ouest, et que me fit visiter Mathoulin, notre intendant. Je ne m'attendais pas à pareil spectacle, rendu encore plus triste par le froid et l'abandon momentané (Vue 22). La salle était immense, un peu comme celle d'un ancien hospice, toute en longueur et avec la voûte sur croisée d'ogives. Aucune cloison ne séparait les lits en fer, alignés de chaque côté de l'allée centrale. Tout au bout de la pièce, de longs bacs en tôle émaillée étaient surmontés d'une unique conduite d'eau horizontale munie de multiples robinets successifs : le lieu des ablutions collectives... Quant aux W.C., ils se trouvaient carrément dans une autre aile du cloître, et il était préférable dans ces conditions de prendre ses précautions avant la nuit ! Je n'exagère rien dans cette brève description.

             Récemment, j'ai revu un télé-film dans lequel a été recréé assez exactement ce dortoir : il s'agit de "Mayrig", où le metteur en scène Henri Verneuil, qui fut lui-même interne à la S.U.P. avant d'intégrer l'école des Arts et Métiers, évoque un épisode de sa propre vie. La reconstitution reflète parfaitement la réalité que j'ai pu observer, bien que les séquences n'aient pu être tournées dans le collège lui-même, dortoir et façade ayant été transformés depuis. De même, l'entrée de l'établissement, avec ses grilles et son porche en haut des escaliers, est dans ce film assez fidèle à l'original. Sans certitude absolue, je pense que la scène a été tournée au lycée Saint-Charles, à Marseille, en rajoutant probablement quelques décors complémentaires.

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             Je profitai du fait que j'étais dans un établissement technique pour me perfectionner en bricolages divers et m'initier aux tours de main élémentaires des différents métiers manuels qui y étaient enseignés. En fait, je sympathisais beaucoup plus avec les professeurs des ateliers, aussi bien ceux du Lycée que ceux du Centre d'Apprentissage (les ateliers étaient pratiquement dans les mêmes bâtiments ou communiquaient directement), qu'avec mes collègues de l'enseignement général, et je passais souvent plusieurs heures à apprendre à souder, à repousser le métal en feuille, à découper du bois, à dégauchir ou à mortaiser... De mon côté d'ailleurs, j'assurais quelques heures supplémentaires auprès des jeunes élèves en travaux manuels éducatifs (cartonnage, coffrets, boites, etc...).

             En particulier, le professeur de menuiserie du lycée technique, Monnier, plus âgé que moi, aujourd'hui décédé et qui possédait toutes les astuces de son métier, compléta petit à petit mes connaissances, surtout pour l'utilisation et le réglage des machines, et l'affûtage des divers outils. De même, en collaboration avec les deux enseignants de menuiserie du centre d'Apprentissage, Mr Martin et Mr Honnorat, je conçus les plans d'une armoire fonctionnelle originale, de style moderne, en chêne, qu'ils firent ensuite réaliser par les élèves et qui fut exposée lors d'une grande rétrospective-anniversaire de l'établissement en 1960 (cinquantenaire). Je possède toujours ce meuble, dont j'avais payé les fournitures, selon la règle en usage pour ce type de commandes spéciales, réservées aux enseignants du Collège-Centre d'Apprentissage. C'est ainsi, également, que bien plus tard, en 1975, je commandai à Mr Salichon, professeur de constructions métalliques et spécialiste en ferronnerie d'art au C.A., un portail ainsi qu'un ensemble, sur plus de 30 mètres de long, de très belles grilles en fer forgé destinées à partiellement clôturer, sur muret, le terrain sur lequel j'étais en train de faire construire alors la maison de ma petite famille.

             En 1959-60 commencèrent d'énormes travaux qui bouleversèrent complètement notre vieux Collège, ainsi d'ailleurs qu'une bonne partie du Centre d'Apprentissage. La façade sur le boulevard Carnot fut modifiée de fond en comble, cassée, rehaussée, le décor sculpté totalement rasé, et elle fut entièrement refaite dans un pseudo style "moderne" sans allure. Seul peut-être, l'aspect général du cloître fut respecté, et encore… Les plafonds de ses galeries furent abattues sans autre forme de procès, la chapelle raccourcie des 2/3 et son décor complètement détruit, etc… etc… En bref, un véritable massacre : on ne chercha pas à consolider, à préserver, on cassa ! L'énorme pavé constituant le bâtiment d'enseignement général, dans la grande cour, date également de cette époque, ainsi que le réfectoire circulaire et, quelques années après, le gymnase. Les travaux durèrent plusieurs années, et un bruit permanent d'engins divers et de chantier rendit les cours, qui pour moi se passaient toujours dans mon préfabriqué très mal isolé sur le plan phonique et situé juste à-côté, particulièrement pénibles pour tous, enseignants et élèves.

             Le nom de "Vauvenargues" fut donné au complexe Lycée-Centre d'apprentissage en 1962 ou 1963 (mes souvenirs de la date exacte ne sont pas précis). Je faisais alors partie du Conseil d'Administration de l'établissement, chargé du choix d'un nom et, comme les patronymes de Zola et de Cézanne venaient d'être attribués à d'autres lycées tout nouvellement construits, les propositions se limitèrent vite à quelques autres personnalités aixoises assez connues ; parmi celles-ci, Thiers fut vite éliminé pour des raisons politiques, de même que Mirabeau, dont la conduite dissolue n'était pas véritablement un exemple pour la jeunesse… En définitive, seuls restèrent le poète de la Camargue et félibre Joseph d'Arbaud (sa veuve était alors professeur de lettres dans notre établissement), qui était moins célèbre à l'époque que de nos jours, et le moraliste Luc de Clapiers, marquis de Vauvenargues, qui avait l'avantage d'être alors plus connu en France. Ce dernier fut donc préféré à la majorité des voix.

Jean Ganne