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LE    PUITS   d'ÉGLISE  de 

l'ANCIEN COUVENT des CARMÉLITES

 

 

Le puits réhabilité de l'ancien Couvent.  (photos LG 2004)

 

Remarques générales.

Nous avons déjà fait état de ce puits dans la page "ferronnerie" consacrée aux productions réalisées par la spécialité des Structures Métalliques.

De part sa rareté et depuis toujours, l'eau a eu (au travers des rivières, des sources, des fontaines, des puits...) une importance majeure  pour les habitants de notre région.

Un puits se caractérise par plusieurs fonctions. Si l'une d'elles, strictement utilitaire (puisage de l'eau) mais jadis essentielle, a perdu de son importance, il n'en reste pas moins vrai que son architecture est un patrimoine que le particulier ou la ville, ayant le privilège d'en posséder un, s'efforce de tout mettre en oeuvre pour le préserver et le mettre en valeur.

Il est encore à observer, comme presque partout en Provence, que la pompe manuelle à eau de  type "aspirante et foulante" (dont le fonctionnement se limite à une profondeur de 9 mètres tout au plus) est d'un usage assez exceptionnel. La profondeur des puits est le paramètre qui écarte cette dernière technique de puisage.

 Autres détails et caractéristiques ayant leurs importances :

    - pour conserver à l'eau toute sa fraîcheur un arbre, ou de la vigne, était généralement planté à proximité pour protéger du rayonnement solaire la maçonnerie mais aussi les hommes et les animaux venant s'y abreuver. D'après certains témoins c'est un Jujubier (arbre fruitier typiquement méditerranéen) qui était là tout près de notre puits.

     - pour garantir la potabilité de l'eau (chutes de feuilles, d'insectes, d'escargots...), le puits proprement dit était soit coiffé d'une voûte en pierres, soit fermé par une porte placée à plat au niveau de la margelle.

 

Le puits du Carmel:

Sauf à retrouver un témoin l'ayant connu et pouvant le décrire avec précision tel qu'il était en 1954 lors de l'installation du Lycée Professionnel en ces lieux, nous ne savons rien sur sa profondeur, sa hauteur d'eau, la nature du parement intérieur ou de la hauteur, de la forme et des particularités de la margelle primitive.

Avant le XIVe ou XVe siècle, dans les cas les plus courants, deux piles sur lesquelles reposait un linteau permettaient l'accrochage de la poulie. Par la suite, l'emploi du fer forgé introduit de nouvelles solutions techniques et, par conséquence, une esthétique nouvelle. Les lourdes piles sont remplacées par des armatures (ou ferrures) parfois si richement ouvragée, et à la réalisation d'autant plus difficile, qu'elles font l'admiration des meilleurs artistes actuels.

 

 Il y a peu de temps, cela grâce à l'obligeance et à la disponibilité de notre ami Michel TOUTAIN, j'ai pu examiner une ferrure pouvant être celle de ce puits d'église qui servait à alimenter en eau les Carmélites du Couvent mais aussi, très probablement, le chantier lui même du couvent en construction. En effet, fréquemment les besoins en eau nécessaire à la construction d'ouvrages d'importance conséquente exigeaient le creusement préalable du puits.

 

Les spécialistes du fer forgé découvriront avec intérêt la technique utilisée alors (vers 1860) par le ferronnier chargé de ce travail :

   Les montants, au nombre de trois, sont carrés (25mm de coté environ). Le forgeron semble avoir entièrement forgé et calibré le profilé au marteau et à l'enclume. Ces montants se terminent, à la partie haute, par une volute ouvragée suivant la technique dite  en "corne de bélier" (Exemple d'une main courante terminée par ce type de spirale).

 

   Un astucieux et très simple système de clavetage a permis un montage facile de la ferrure sur le site. Est-il nécessaire de préciser que les techniques de soudage à l'arc électrique et au chalumeau, d'un usage si banal aujourd'hui, n'étaient pas encore en usage dans les ateliers. Seule, depuis le Xe siècle, était parfaitement maîtrisée celle du soudage à la forge.  Pour avoir conçu un tel système démontable et commode à transporter, on peut supposer que le ferronnier exerçait en un lieu éloigné d'Aix-en-Provence.

 

      Le crochet forgé, placé au centre des trois pieds de la ferrure, permettait de suspendre la "carelle" (en Provençal) ou poulie autour de laquelle s'enroulait la corde (ou la chaîne) et au bout de laquelle venait le seau métallique (ou en bois) qui, à la seule force des bras, descendait  dans le puits pour se remplir d'eau puis remontait plein du précieux liquide.

 

Une certitude s'impose : La compétence professionnelle, l'habileté, l’intelligence du ferronnier dans la maîtrise des systèmes de liaison est ici incontestable.

 

                                                                                                    L.GABARON  juin 2006

Photographies et commentaires: LG

Vue d'ensemble de la ferrure d'origine du puits du carmel. La partie basse des montants (acérée) est le signe d'une forte corrosion. Cette observation permet de comprendre pourquoi, dans les années 1960 notre collègue Jean VITON, a été sollicité pour en confectionner une nouvelle.

Au centre, du point haut, le crochet pour suspendre la "carelle".

Dans ce type de volute (en "corne de bélier") il n'y a pas de "noyau" au départ mais un "épanouissement"du métal.

Autre vue du noeud de la ferrure.

Exemple classique d'un puits traditionnel en Provence avec le système de puisage constitué par une margelle, le seau, la corde ou la chaîne enroulée autour de la poulie ou "carelle" et le bac attenant destiné à abreuver les animaux ou à servir de lavoir. Dans ce cas précis les lourdes piles sont faites en pierres et le linteau, lui aussi en pierre, est en forme de voûte. Il s'agit là d'un puits typiquement "rural".