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Les Lycées Vauvenargues:

 

LE COLLECTEUR PRINCIPAL DES EAUX PLUVIALES

DU  "PETIT SÉMINAIRE".

 

Vue du collecteur (photo LG 2007)

 

Très nombreux ont été les familiers de ce qui constitue aujourd’hui les Lycées Vauvenargues. Cependant bien peu peuvent prétendre avoir eu le privilège de parcourir et de visiter un ouvrage enfoui là tout près à quelques mètres sous nos pieds. Il s’agit du collecteur principal des eaux pluviales du « Petit Séminaire ». Cet ouvrage réalisé au milieu du XIXe siècle - probablement avant même les fondations des murs des bâtiments - a une fonction tout aussi vitale que ces dernières et justifie sans conteste tout l’intérêt pouvant lui être porté.

C'est au mois de juin 2007 en compagnie de deux de mes amis, Bang TRAN et Philippe LEROY qui nous guidait, que j'ai eu la surprise d’apprendre l’existence de cet inattendu et étonnant ouvrage mais aussi l’avantage de le découvrir et de l’explorer.

La première difficulté consiste à parvenir jusqu’à son entrée. Après avoir franchi plusieurs portes (dont certaines métalliques) soigneusement verrouillées nous longeons une sorte de couloir. Appliqué contre l’un des murs, maintenu verticalement par une vieille table de salle de classe, était là un dérisoire panneau de contreplaqué.

En l’écartant est apparue une brèche d’environ 60 ou 70 cm de hauteur et de 40 cm de large (Photo : 1). C’était l’entrée du collecteur principal des eaux pluviales.

Une torche que Philippe avait eu la précaution de préparer nous indiquait le chemin. Immédiatement après le difficile exercice de « passage » terminé, nous voilà plongés dans ce souterrain (Photo : 2). Il est possible de s’y tenir debout mais par crainte et instinctivement je baisse la tête. Un peu d’eau s’écoule dans le caniveau (Il n’a pas plu depuis bien longtemps…) et de part et d’autre une bordure permet de poser ses pieds et de les garder au sec. Le déplacement est facile. Les parements et la voûte, de forme ovoïde, ont l’aspect des éléments en béton préfabriqués actuels. Bien que l’allure générale de l’ouvrage, long de quelques dizaines de mètres, soit assez régulière, les pierres (froides) des parements ont été posée brutes, sans préoccupation esthétique, en conformité avec une destination voulue essentiellement utilitaire. (Photo : 3). Régulièrement espacés, des contreforts en pierre renforcent un peu plus la solidité de l’ensemble.

Ici, aucune désagréable présence de toiles d’araignées ou d’insectes ne vient apparemment perturber les lieux et pas d’avantage d’odeurs répugnantes que nous aurions pu redouter.

Une surprise nous attend à l’autre extrémité. La galerie débouche sur une salle circulaire assez vaste et haute. Un inquiétant regard carré d’environ 60 cm de coté en occupe le centre (Photo : 4). Le filet d’eau du caniveau qui s’y écoule doit certainement rejoindre le réseau public d’eau pluviale de la ville d’Aix-en-Provence. A la partie inférieure et entre baillée vers le bas du regard une plaque d’acier ou de fonte pourvue d’un système d’ouverture réglable interdit de voir plus au fond. Assurément placée là par sécurité elle interdit à un éventuel intervenant d’y être précipité par mégarde ou d’être avalé en cas de montée subite des eaux. Imaginons cette salle ; aujourd’hui tout à fait tranquille, au moment d’un violent orage tels ceux que nous connaissons et la force avec laquelle l’eau doit s’y projeter en tourbillonnant ! La surface cumulée des toitures collectant l’eau de pluie est conséquente. Aussi la quantité d’eau que le regard est chargé d’avaler l’est pareillement.

 Au dessus de nos têtes une belle voûte semble dérouler, en forme de spirale, un chapelet de pierres et au centre de cette spirale un autre regard (Photo : 5). La fontaine octogonale du cloître – aujourd’hui vide - se trouve juste au dessus et les eaux de sur verse ou de vidange devaient se jeter ici même (Photo : 6).

 La solution technique de la voûte en forme de dôme semble être techniquement la meilleure pour soutenir l’énorme masse d’eau, de pierres et de remblais se trouvant au dessus.

Cependant au vue de cette spirale je ne peux m’empêcher d’établir un parallèle (toute proportion gardée..!) avec une autre solution technique de nature comparable, laborieusement trouvée par Filippo BRUNELLESCHI - auquel il avait été promis une généreuse récompense - ayant permis à la splendide cathédrale de Florence d’être enfin coiffée de son gigantesque dôme.

Je m’interroge aussi sur la véritable origine de cette invention ou découverte.

Le tailleur de pierre ayant construit cette salle circulaire a-t-il bénéficié des conseils avisés de l’architecte Henry RÉVOIL en personne ou alors cette technique était-elle déjà connue et mise en œuvre sur les chantiers Perses, Romains ou médiévaux avant même que ne l’ait imaginée son célèbre inventeur ?

L’avantage de cette technique réside bien évidemment dans le fait qu’aucun coffrage n’est nécessaire pour réaliser la construction. Ainsi donc après avoir posé la clé de voûte, le difficile travail de démontage et d’évacuation des madriers et autres encombrants coffrages a été évité. Le regard placé en clé de voûte n’a probablement servi qu’au passage des hommes, des outils, des matériaux et au nettoyage final du chantier.

D’autres considérations peuvent venir compléter ce qui est dit précédemment. Cependant après avoir assuré sa mission pendant cent cinquante années il est légitime que cet ouvrage, indissociable du patrimoine des Lycées Vauvenargues, sorte enfin de ses ténèbres pour venir rappeler à tous que depuis sa naissance, jour et nuit, sans jamais faillir et toujours avec une extrême discrétion, il préserve l’établissement de ces tant redoutées inondations.

 

Aix-en-Provence 10 septembre 2007  

 Lucien GABARON