Les
bâtiments néo-médiévaux

Cloître
Saint Louis de l'ancien
petit séminaire et la façade de sa chapelle (Photo L.GABARON mai 2009)

Ancien couvent du carmel et sa
chapelle
(Photo P.FERRANT mai 2009)

AMICALE DES ANCIENS ET DES PERSONNELS
DU LYCÉE PROFESSIONNEL VAUVENARGUES

SOMMAIRE
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PRÉFACE
INTRODUCTION
I Le Lycée professionnel. (ancien couvent des Carmélites)
La chapelle de
Le cloître dit "Petit cloître"
II Le Lycée polyvalent. (ancien petit séminaire)
La chapelle
Le cloître dit "grand cloître" ou "cloître Saint Louis".
III Plans de situation des bâtiments au XIXe siècle.
Plan cadastral établi en 1828.
Plan d'Aix de 1869.
IV L'ordre des Carmélites: le blason.
Plan CUNDIER.(1680)
Le blason et sa devise.
V Plan des deux institutions au début du XIXe siècle.
VI Renseignements historiques complémentaires
VII Peinture surmontant la porte de la chapelle du petit séminaire
VIII Autres renseignements sur le "Petit cloître".

PRÉFACE
Elle sera publiée dès que possible
§ Photographies : Lucien GABARON, professeur honoraire de structures métalliques au Lycée professionnel Vauvenargues.
§ Commentaires : Jean GANNE, professeur honoraire de dessin et d'arts plastiques au Lycée polyvalent Vauvenargues.
INTRODUCTION
Même s'ils ont en commun, entre autres, le nom, la direction, une partie de la gestion et qu'ils communiquent directement l'un avec l'autre, le Lycée polyvalent Vauvenargues (enseignement général et technique) et le Lycée professionnel Vauvenargues sont deux établissements scolaires distincts. De même, les deux complexes religieux voisins qui occupaient à l'origine chaque groupe de bâtiments devenus lycées étaient nettement séparés : d'une part, le Petit Séminaire (Lycée polyvalent) qui ouvrait sur l'actuel boulevard Carnot, et d'autre part le couvent des Carmélites (Lycée professionnel) dont l'accès se faisait par la traverse du Galet-Cantant. Auparavant, le vaste monastère des "dames du Carmel" était installé à l'actuelle place Forbin (à l'emplacement de l'église des Oblats).
L'architecte des deux établissements religieux fut le même :
Henri Révoil (1822-1900), contemporain et confrère de Viollet-le-Duc, et dont la biographie est spécialement décrite dans le paragraphe "Histoire" du site Internet de l'Association (réf. en dernière page). Le style architectural adopté pour les bâtiments de ces institutions religieuses, pourtant édifiés seulement au milieu du XIXe siècle, s'inspire directement du
Moyen Age, suivant le goût de l'époque (prolongement de la manière dite "troubadour"). L'un imite le style gothique, le séminaire, et l'autre le roman, le couvent. Les plans sont assez semblables et conçus suivant les principes généraux des abbayes et cloîtres médiévaux : une galerie autour d'une cour, gazonnée ou pavée, sensiblement carrée et généralement équipée d'une fontaine ou d'un puits. Sur les côtés s'ouvrent une chapelle – ici toutes deux sont orientées vers le nord-est – et d'autres pièces communes telles que le réfectoire, les cuisines, la salle capitulaire, la bibliothèque, etc. Dortoirs ou cellules monastiques se situaient généralement à l'étage.
I – LE LYCÉE PROFESSIONNEL (ancien couvent des Carmélites)
STYLE GÉNÉRAL: NÉO-ROMAN
LA CHAPELLE
L'extérieur
La chapelle, en assez bon état de conservation, a longtemps servi de magasin pour les divers matériaux utilisés par les classes techniques, souvent très encombrants ! Elle est à nef unique, à trois travées sans bas-côtés, assez élevée et avec un transept en discrète saillie*(vue 1). Le style du bâtiment est dépouillé et serait à rapprocher de celui de la dernière période de l'époque romane (XIIe siècle). Les seuls décors remarquables de la façade sont les pentures qui agrémentent les deux vantaux de la porte principale, les trois fenêtres géminées et le tympan en creux de cette porte, souligné par une simple mouluration et où figure un blason *(vue 2 -
vue 3). Un grand oculus, sans décor, domine l'ensemble.
Cet écu, encadré par un phylactère comportant une formule en latin d'adoration à Dieu et surmonté d'une couronne d'où émerge assez curieusement une main serrant la poignée d'un glaive, a pour meubles une croix pattée centrale et trois étoiles disposées en triangle dans la partie inférieure *(vue 4). Ce blason et sa devise seront analysés plus loin. Il s'agit des armes des religieuses du Carmel. La façade est nettement structurée suivant trois niveaux : la porte d'entrée en plein cintre ; trois petites baies jumelées cintrées, séparées par deux colonnettes à chapiteaux à décor de feuillages ; un grand oculus encadré par un arc ogival peu accentué, en tiers-point et à sobre voussure. Les deux vantaux de la porte sont renforcés par des pentures en fer forgé, répliques de modèles médiévaux à enroulements, terminées par des fleurons simples*(vue 5). Chacun des murs latéraux est étayé par deux contreforts épais mais peu profonds *(vue 3)
et creusé de deux petites baies dépouillées, en plein cintre et ébrasées
qui, avec la grande ouverture circulaire en façade, permettent grâce à leurs
vitraux l'éclairage coloré de l'intérieur de l'édifice
(vue
façade).
Une petite porte latérale constitue un second accès depuis l'extérieur. Une
pièce annexe à l'est, éclairée par un oculus, était réservée aux sœurs,
isolées du reste de la chapelle et des fidèles par une grille spéciale (voir
plus loin).
Sur le côté de l'entrée principale de la chapelle, un imposant bloc de pierre, brut d'aspect, constitue un monument rustique et simple, dédié aux anciens élèves morts pour la France *(vue 3).
L'intérieur
Les murs de l'intérieur de la nef, vierges de décor peint, sont relativement sobres, contrairement au chœur décrit un peu plus loin. Mis à part les vitraux, l'animation est fournie par plusieurs piliers aux angles du transept qui reposent sur des consoles et dont les blancs chapiteaux sculptés recevant les retombées des arcs sont décorés de délicates palmettes et d'entrelacs traditionnels*(vue 6).
La couleur donnée à cette nef provient des vitraux, sans représentation de personnages ; celui de la rose de la façade en particulier, enrichi de motifs de feuillages stylisés, est assez remarquable *(vue 7 -
vue 8). Faute d'originalité dans leur style qui rappelle d'ailleurs plus celui de la période gothique que celui de l'époque romane, ces vitraux témoignent pour le moins de la maîtrise technique et du respect de la tradition dont faisaient preuve les artisans maîtres-verriers en ce milieu du XIXe siècle.
A la différence de la nef claire, l'ensemble du chœur est entièrement polychrome, de couleurs très vives, ce qui en fait la partie riche par excellence. Cela peut surprendre. Mais on a trop souvent oublié qu'au Moyen-Age, murs, colonnes, chapiteaux aussi bien que statues étaient presque toujours peints de couleurs éclatantes, franches, à l'intérieur comme à l'extérieur des églises et des cathédrales. Ici sont particulièrement mis en valeur les motifs floraux des chapiteaux, les modillons et les arcs qui y retombent, les boudins de pierre, les fûts de colonne, etc. *(vue 9).
Le fond du chœur est occupé par un imposant maître-autel*(vue 15), tribune à laquelle on accède par les deux escaliers latéraux qui l'encadrent, peints eux-aussi : c'est là que se célébrait le culte. L'ensemble crée une sorte de crypte sous la tribune *(vue 16) dont l'entrée est soulignée par deux colonnes à chapiteau vigoureusement colorées *(vue 14). A l'intérieur, quatre parois d'arcatures aveugles peintes représentent les instruments de la passion du Christ, regroupés deux par deux : clous, marteau, échelle, fouet, couronne d'épines, lance, calice…*(vue 10 -
vue 11 -
vue 12 -
vue 13). Le public, en contrebas, était admis dans la nef et cette crypte, qui pouvait être isolée (portes) et communiquait avec le cloître, devait probablement servir aux religieuses de lieu discret de prières et de communion.
Sur la paroi sud-ouest du chœur, adossée au cloître, une grille métallique à maillage serré *(vue 17), de plain-pied avec la tribune, de belle facture et de dimensions respectables, permettait aux nonnes de contempler de très près l'office, sans être vues des fidèles et sans enfreindre leur isolement. Cette grille est curieusement hérissée sur toute sa surface extérieure de pointes d'aspect menaçant, symbolisant probablement le rejet du monde ordinaire.
LE CLOITRE, DIT "PETIT CLOITRE"
Intime, de dimensions modestes, l'ancien cloître des Carmélites est sobre, austère, mais séduisant par son dépouillement même *(vue 18 -
vue 21). Les arcs cintrés de la galerie voûtée en arêtes *(vue 20 -
vue 21) qui entoure le petit jardin, surmontée d'un étage où devaient se trouver les cellules des nonnes, retombent par de larges piliers en grossière maçonnerie enduite sur un muret continu*(vue 19) : ici, ni colonnes, ni chapiteaux, ni décor sculpté… Évidemment, les différentes pièces qui ouvraient sur cette galerie – en principe les pièces communes – ont été complètement transformées depuis 1954-55 pour les besoins de leur nouvelle destination (classes d'enseignement, bureaux, C.D.I. etc.).
On vient de retrouver dans le magasin des ateliers, abandonnée mais relativement en bon état, la belle pièce de ferronnerie qui surmontait le puits*(vue 24 -
vue 25). C'est un exemple intéressant d'artisanat ancestral, forgé sans soudure, avec en particulier des assemblages par clavettes démontables, selon les techniques encore utilisées au milieu du XIXe siècle *(vue 22 -
vue 23).
Le puits lui-même se situe à proximité des bâtiments du cloître, mais à l'extérieur de celui-ci.
II – LE LYCÉE POLYVALENT (ancien Petit séminaire)
STYLE GÉNÉRAL : NÉO-GOTHIQUE
LA CHAPELLE
Contrairement à celle du Lycée professionnel, restée relativement en bon état, la chapelle du Lycée polyvalent a été complètement dénaturée et tronquée lors des travaux considérables de "restauration" (!) de 1958-60. L'auteur de ce commentaire en a brièvement connu l'extérieur juste avant sa destruction partielle (elle restait alors déjà fermée et inutilisée pour des raisons de sécurité), et on peut dire qu'elle n'existe pratiquement plus de nos jours, mis à part les éléments essentiels de sa façade… Le chœur a été rasé et la nef unique est devenue un large escalier qui dessert les classes des étages supérieurs. Seuls subsistent encore quelques chapiteaux et parties de colonnettes un peu incongrus à l'intérieur de certaines classes du dernier niveau ; la voûte sur croisées d'ogives de la nef a également totalement disparu.
(vue 10)
Les vitraux de grandes dimensions, dont la plupart représentaient divers saints en grandeur nature, ont tous été détruits. Il en est de même de celui de la grande rose*(vue 28) qui ornait la façade, typiquement gothique et dont ne subsiste que le squelette de pierre. Un massacre scandaleux, que ne saurait justifier le médiocre état de la voûte alors invoqué par l'architecte. Sur une photographie ancienne, on peut avoir une idée de cette façade et de sa rosace, vues d'en face depuis la galerie sud, entre deux piliers *(vue 28). De même, ont totalement disparu les mosaïques qui ornaient le sol. Le seul décor conservé est, surmontant l'ancienne porte de la chapelle, une
peinture à fresque représentant le Christ trônant en majesté, encadré d'anges et de disciples et accueillant de jeunes enfants. Sa reproduction et son commentaire figurent sur une page spéciale, séparée.
LE CLOITRE DIT " GRAND CLOITRE" OU "CLOITRE SAINT LOUIS"
Le pourtour du cloître a été heureusement un peu mieux conservé que la chapelle... De plan carré, agrémentée en son centre par un bassin polygonal doté à l'origine d'une colonne à chapiteau dressée en son milieu, aujourd'hui disparue *(vue 27), la cour est entourée d'une colonnade dont les chapiteaux ornés reçoivent les arcs ogivaux et dont les fûts lisses ponctuent tout le périmètre *(vue 30 -
vue 31 -
vue 32). L'ensemble présentait une unité certaine avec le style néo-gothique de toute la façade originelle qui donnait sur le boulevard extérieur de la ville, elle-aussi détruite lors des travaux et qui est encore connue par d'anciennes photographies *(vue 39).
Les fûts, monolithiques, sont assez massifs et les chapiteaux sont richement décorés de végétaux stylisés, palmes, feuilles d'acanthes et crosses finement ciselées dans l'esprit du gothique du XIIIe siècle*(vue 34
-
vue 35 -
vue 36). Ces piliers, au tore supérieur mince, sont cerclés à leur base d'une moulure épaisse et élargie inspirée du style toscan. Les quatre vides triangulaires entre la base circulaire et les angles du socle carré sont garnis d'une griffe à volute *(vue 37). Note : la griffe est un type d'ornement surtout utilisé dans des bâtiments de l'époque romane, destiné à meubler un angle et pouvant consister en un motif, une feuille, une tête ou un petit animal au corps allongé *(vue 38).
Au-dessus de la longue arcature inférieure qui cerne la cour, le style gothique des ouvertures de l'unique étage a été respecté et les fenêtres en ogive ont été à peu près conservées, sur trois côtés tout au moins*
(vue 26).
Par contre, le dernier côté qui longe le boulevard extérieur a été surmonté de trois étages d'aspect extrêmement banal, ce qui détonne passablement*(vue 33). De plus, ce surhaussement a provoqué la suppression irrémédiable, sur toute la longueur, des croisées d'ogives du promenoir inférieur, remplacées par un plafond bétonné brut de décoffrage du plus catastrophique effet : il se devine dans un coin d'une des photos de chapiteaux*(vue 34)… On peut retrouver les anciens boudins et les clefs de voûte disparus sur une vue ancienne de l'intérieur de la galerie*(vue 29).
De nos jours, en plus de leur fonction scolaire, les cloîtres des deux lycées ont été souvent utilisés à des fins culturelles, surtout musicales et théâtrales : concerts, notamment dans le cadre du festival d'Aix (décor séduisant et acoustique reconnue de qualité pour l'un et l'autre site), représentations par des troupes d'amateurs, animations diverses... Parallèlement, la restauration complète de la chapelle des Carmélites, désormais vidée des matériaux encombrants qui y étaient entreposés, est en cours d'étude, afin de devenir peut-être salle de spectacle. Par ailleurs, une carte postale, datant probablement du début du XXe siècle*(vue 39), représente l'ancienne façade du séminaire donnant sur le boulevard Carnot, déjà refaite par deux fois en cinquante ans depuis sa désastreuse démolition.
III – PLANS DE SITUATION DES BATIMENTS AU XIXe SIÈCLE
PLAN CADASTRAL ÉTABLI EN 1828, DIT "CADASTRE NAPOLÉON".
Extrait des plans de la COMMUNE D'AIX, section L5 de la ville (5e feuille). (Image 40 )
Situation trente ans avant la construction des deux établissements religieux
On remarquera que l'École nationale supérieure des Arts et Métiers n'existait pas encore : elle ne sera en effet édifiée qu'en 1843. A sa place était implanté, depuis la Restauration, le Petit Séminaire, créé par les Pères de la Foi, et figurant sur le plan sous l'étiquette de "pe(n)sionnat", qui lui-même succédait à l'hôpital de la Charité fondé en 1641, plus tard converti en Dépôt de mendicité pour les Bouches-du-Rhône (1810). A l'est des Arts et Métiers, à l'emplacement actuel des Lycées Vauvenargues, les deux établissements religieux n'avaient pas été édifiés. L'un sera d'ailleurs le nouveau Petit Séminaire (l'ancien était situé en contrebas de l'avenue). Au début du XIXe siècle, le terrain était occupé par un jeu de mail, passe-temps populaire qui tenait du croquet et du jeu de boules. Le tracé "en Z" de l'actuelle traverse du Galet-Cantant est visible à droite du document.
PLAN D'AIX DE 1869. Plan-guide d'Aix édité par l'imprimerie Makaire. (Image 41)
Situation environ dix ans après la construction des deux établissements religieux.
Le couvent des Carmélites fut édifié vers 1857, et sa chapelle fut consacrée en 1874. Le terrain destiné au Petit Séminaire voisin avait été acquis en 1859.
Le boulevard Carnot s'appelait alors boulevard de la Plate-Forme (voir plus loin) entre le cours des Arts et la rue d'Italie. Au sud de l'École des Arts et Métiers, le long du boulevard, s'était installé provisoirement le Petit Séminaire ("externat") dont on voit les bâtiments indiqués à gauche, avant son installation dans le cloître d'à-côté, nouvellement construit et intitulé "pensionnat". Ces anciens locaux sont de nos jours annexés à l'Ecole des Arts et Métiers.
IV - L'ORDRE DES CARMÉLITES - SON BLASON (Image 43)
C'est grâce à un héraldiste du pays d'Aix, monsieur Lucien Dalmasso, que nous avons pu analyser précisément la nature des armoiries qui surmontent la porte de la chapelle de l'ancien couvent des Carmélites. Nous le remercions pour les renseignements complémentaires et la gravure du blason qu'il nous a aimablement et gracieusement fournis.
Ces armes sont celles des Carmélites. Ce terme désigne de façon abrégée les religieuses de l'ordre de Notre-Dame-du-Mont-Carmel. Le couvent du Carmel d'Aix fut fondé en 1625 sous les auspices de la dame Aymar de Castellane, épouse du premier président, baron d'Oppède (E. Marbot, Catalogue historial des sanctuaires et établissements religieux d'Aix, Makaire - 1913). Avant de s'établir impasse du Galet-Cantant, le cloître de ces religieuses à la règle d'isolement très stricte était situé en haut du Cours, sur le côté est de la place Forbin actuelle. Leur fontaine, qui n'existe plus, faisait partie des quatre fontaines du Cours indiquées par B. Cundier sur son plan très précis de la fin du XVIIe siècle, dont un petit fragment est reproduit ici. Celle, célèbre, du roi René, dont la statue sera sculptée par David d'Angers, la remplacera bien plus tard, en 1823. Les consuls d'Aix avaient d'ailleurs passé un contrat avec ces religieuses pour utiliser les "versures" (l'eau de trop-plein) de leur fontaine pour les abattoirs, appelés alors la Tuerie.
PLAN CUNDIER, 1680 (vue partielle)*(Image 42)
Sur ce plan historiquement très précieux, gravé par Balthazar Cundier en 1680, on peut notamment observer :
- Tout en bas et à droite, l'emplacement depuis 1625 du vaste cloître des Carmélites (21), dont l'église, reconstruite en 1695, est maintenant occupée par la congrégation des Oblats de Marie. Leur fontaine est indiquée en haut du Cours, futur cours Mirabeau. De l'autre côté du Cours et en face de ce couvent des Carmélites, celui alors célèbre des Grands Carmes (25), détruit à la Révolution, à l'emplacement du passage Agard actuel et de ses abords. Un peu plus à gauche, le monumental Palais Comtal (35). Chargé d'histoire, il fut entièrement démantelé à la veille de la Révolution, de façon stupide et sur ordre des parlementaires de Provence eux-mêmes, pour être finalement remplacé par le Palais de justice actuel, après de multiples péripéties.
- En haut et à gauche, le couvent des Récollets (55), en partie ruiné à la Révolution, repris depuis 1822 par les Dames Hospitalières de Saint-Thomas-de-Villeneuve (qui y sont toujours installées) et l'hôpital de la Charité (56), cité précédemment.
Le vaste terrain arboré au sud de la Charité sera, bien plus tard, occupé par les bâtiments de l'Ecole nationale supérieure des Arts et Métiers.
- Sur le côté droit, la Charité, le long jeu de mail en forme de L, avec ses abords boisés dont une partie importante correspond à l'emplacement des deux futurs lycées.
- Au centre, protégée par les remparts de la ville dont le tracé est ici en forme de flèche, la place de la Plate-Forme, place Miollis actuelle. Bordant celle-ci, la seconde maison de la Visitation (19), maintenant disparue. En face de la pointe, le départ de la future traverse du Galet-Cantant.
LE BLASON DES CARMÉLITES ET SA DEVISE.
(Image 43)
La description du blason des Carmélites, selon les termes très particuliers propres à la science héraldique, est la suivante :
"D'argent, à la croix de calvaire de sable, accompagné de deux étoiles d'or et chargée en pointe d'une étoile du même, alias chapé arrondi d'argent et de sable, ce dernier sommé d'une croix pattée du même, à trois étoiles de l'un en l'autre". (note : la couleur "sable" correspond au noir).
- Timbre : une couronne sommée d'une main serrant un glaive.
- L'écu est surmonté d'un phylactère portant la devise : ZELO ZELATUS SUM PRO DOMINO DEO EXERCITUUM. "Je brûle d'un zèle jaloux pour le Seigneur, Dieu des armées". Monsieur Ferrand, conservateur du fonds ancien de la bibliothèque Méjanes, nous a très aimablement aidés pour la traduction.
"La devise, biblique comme elle se doit, n'est malheureusement pas pacifique, comme on pouvait s'y attendre avec le glaive et le Livre des Rois d'où elle est extraite (I, 19, 10 et aussi 14) : At ille respondit zelo zelatus sum pro Domino Deo exercituum quia dereliquerunt pactum Domini filii Israhel altaria tua dextruxerunt et prophetas tuos occiderunt gladio et derelictus sum ego solus et quaerunt animam meam ut auferant eam. "Je brûle, dit-il, d'un zèle jaloux pour Yahvé, le Dieu des armées, parce que les fils d'Israël t'ont abandonné, ils ont démoli tes autels et tué tes prophètes par le glaive ; je suis resté moi seul et ils cherchent à m'ôter la vie" (La Bible, Seuil, 1973).
V - PLAN DES DEUX INSTITUTIONS AU DÉBUT DU XXe SIÈCLE
PLAN DE 1902 * Almanach des Postes.(Image 44)
Ce plan précède de quelques années l'établissement de l'Éducation nationale dans les murs. C'est en effet en 1909 que la ville d'Aix devint propriétaire des bâtiments du Petit Séminaire, qui jouxtaient donc l'Ecole des Arts et Métiers, puis de ceux du couvent des Dames du Carmel, aujourd'hui Lycée professionnel. La municipalité avait décidé de placer dans cet ancien Collège catholique une École primaire supérieure de garçons, plus tard Collège moderne et technique de garçons, de nos jours Lycée polyvalent Vauvenargues.
L'installation dans les bâtiments eut lieu en 1910 pour le Lycée polyvalent et en 1954 pour le Lycée professionnel. Certains anciens enseignants nous ont relaté, pour y avoir alors assisté, l'attristant départ des quelques religieuses Carmélites qui occupaient encore le couvent à cette époque.
VI – RENSEIGNEMENTS HISTORIQUES COMPLÉMENTAIRES SUR LE COUVENT DES CARMÉLITES ET LE PETIT SÉMINAIRE
TEXTES EXTRAITS DE "LES PAROISSES DU DIOCESE D'AIX" (560 pages)
PAR L'ABBE M. CONSTANTIN, vicaire à Saint-Rémy
Aix – A. Makaire, imprimeur de l'Archevêché – 1890
Carmélites.
Etablies par Mme Aymare de Castellane, épouse Forbin d'Oppède, dans la maison actuelle des Oblats, 1625. – Rétablies dans l'ancien Oratoire 1822 ; hors la Plateforme , 1857. – chapelle bénite par Mgr Chalandon, 13 août 1857 ; consacrée par Mgr Forcade , 12 mars 1874.
Style XIIe siècle. On accède au maître-autel par un double escalier sous lequel s'étend une crypte. Nombreuses reliques. – Les exemples et les écrits de la mère Marie de la Conception (Mme d'Olivary), † 1881, après cinquante ans de profession, vivront longtemps dans le Carmel et la ville d'Aix. Distinction de l'intelligence, délicatesse du cœur, énergie virile, tout dans cette admirable religieuse rappelait sainte Thérèse, dont elle possédait l'esprit à un degré éminent.
Petit Séminaire.
C'est la ville d'Aix qui donna à la Provence l'exemple de l'institution des Petits Séminaires, comme elle l'avait déjà fait pour les Grands Séminaires. Mgr de Brancas construisit à ses frais dans ce but le beau bâtiment qu'occupe aujourd'hui le pensionnat Sainte-Croix, près l'ancienne route des Alpes. Il plaça dans cette maison les plus jeunes ecclésiastiques de son diocèse, sous la conduite d'un directeur du Grand Séminaire, résidant dans l'établissement, lequel eut sous ses ordres un professeur de rhétorique et un d'humanités. L'acte de fondation est du 25 janvier 1741 : par une ordonnance datée de ce jour, le prélat invite les curés à envoyer au Petit Séminaire les jeunes ecclésiastiques de leurs paroisses.
Un de ces séminaristes fut Lucien Bonaparte, le frère de Napoléon, qui y fut admis après un court séjour à l'école de Brienne.
La Révolution vendit l'établissement. Quand le culte fut restauré, M. Abel, ancien chanoine, curé du faubourg, et M. Durand, son vicaire, ayant acheté le couvent des Doctrinaires, y ouvrirent un pensionnat que Mgr de Cicé érigea en Petit Séminaire, 1804.
En 1821, la direction passa aux Jésuites qui s'installèrent au cours Saint-Louis, dans l'ancien Dépôt de mendicité, devenu depuis l'École des Arts et Métiers. Le P. Loriquet, homme éminent malgré les clichés stupides que transmet sur son nom la presse irréligieuse, en fut le premier supérieur, avec des professeurs qui s'appelaient le P. Deschamps, le P. Chaignon, le P. Lefèvre ; et des élèves comme l'avocat Saint-Malo, le poète Autran, qui a consacré, dans la Maison démolie, quelques pages émues à cet asile de ses jeunes années, etc.
La division des élèves ecclésiastiques était établie dans un immeuble voisin, primitivement filature de soie, acheté par Mgr de Beausset, et dans lequel le Petit Séminaire fut installé après le départ des Jésuites, imposé par les ordonnances de 1828.
Les pères de la Retraite leur succédèrent jusqu'en 1831, année où les prêtres du diocèse prirent le service de la maison, ayant pour premier supérieur le vénéré M. Rouchon.
Sur un terrain affecté à un jeu de mail, et confrontant au nord l'ancienne filature, Mgr Darcimoles, avec les souscriptions généreuses des prêtres et des fidèles, commença la construction d'un nouveau Petit Séminaire , que Mgr Chalandon acheva, 1856-1859.
– Édifice bâti sur les plans de M. Révoil, avec un cloître XIIe s. ; une chapelle XIIIe s., bénite le 7 juillet 1857 par Mgr Chalandon. Elle renferme un bel autel bois (Goyers, à Louvain) qui avait figuré à la première exposition universelle, et des vitraux représentant les saints de Provence. Les fondateurs de la maison, Mgr Darcimoles et Mgr Chalandon, y sont représentés, l'un sous les traits de saint Honorat, l'autre sous ceux de saint Césaire. Quelques bons tableaux, entre autres un Saint Pierre martyr. – Un collège catholique, placé sous le vocable du Sacré-Cœur, a été annexé au Petit Séminaire en 1875. – Inscrivons, pour nous borner aux plus récents souvenirs, celui de M. de Bonde, professeur, qui succomba à Haï-Phong, aumônier en chef du corps expéditionnaire, 1885, et celui de l'élève Lionel Hart, mort aussi au Tonkin, dont la biographie, récemment publiée, a divulgué au loin la vaillance et la vertu.
VII - PEINTURE SURMONTANT LA PORTE DE LA CHAPELLE DU PETIT SEMINAIRE

La peinture murale.
(Photo LG juin 2006)
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Comme une sorte de tympan peint, cette fresque surmontait à l'origine l'entrée de la chapelle du Petit Séminaire. Cet accès a été profondément modifié, la porte originelle n'existe plus et à sa place une ouverture moderne donne maintenant sur un hall et le large escalier qui dessert les salles de classe de l'étage supérieur. Avec la façade, c'est l'un des rares éléments qui subsiste de cette vaste chapelle, dont la nef et le chœur ont été entièrement démolis lors des travaux de 1958-59.
La peinture est en retrait par rapport à l'aplomb de la façade et donc abritée des intempéries par la galerie entourant le jardin du cloître. Elle est encadrée par une épaisse moulure en arc bombé (arc segmentaire), dont les montants reposent sur deux corbeaux ornés de feuillages stylisés. Le thème en est la présentation de deux enfants au Christ en majesté, dont le corps, plus grand que celui des autres éléments, forme l'axe de la composition. La disposition des figures est simple, presque symétrique, et les personnages sont traités conformément au style des miniatures du XIIIe siècle : attitudes, expressions, types de visages, costumes sont très caractéristiques de cette période gothique. La scène, sans effet de profondeur, se déroule devant un fond semé de fleurs de lis, sorte de riche tenture étalée sur le
mur. Le centre est vigoureusement souligné par la présence du Christ, largement auréolé, représenté assis sur un trône simple et accueillant deux jeunes enfants présentés par leurs mères respectives et que ses disciples avaient cru bon d'écarter : la scène illustre ainsi la célèbre phrase de l'Evangile "laissez venir à moi les petits enfants"). Divers disciples, debout et eux-aussi auréolés, semblent contempler la scène d'un air attendri.
Le message évangélique prend ici tout son sens, dans une maison qui accueille des enfants pour favoriser leur épanouissement. Dans chacun des angles, deux anges aux larges ailes, légèrement inclinés pour mieux s'adapter au cadre, bloquent la composition : l'un joue de la viole, l'autre semble tenir l'extrémité de la chaînette d'un encensoir. L'ensemble est coiffé d'un verset biblique en latin : FLORETE QUASI LILIUM ET FRONDETE IN GRATIAM, "fleurissez comme le lis et bourgeonnez en grâce" (citation condensée de l'Ecclésiastique, 39, 19). Bien évidemment, cette phrase justifie le fond fleurdelisé de la scène, le lis étant symbole de pureté attribué tout particulièrement aux enfants et à la Vierge.

AMICALE DES ANCIENS ET DES PERSONNELS
DU LYCÉE PROFESSIONNEL VAUVENARGUES
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Place Romée-de-Villeneuve
13 090 – Aix-en-Provence
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Adresse de messagerie : amicale-vauvenargues@laposte.net
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octobre 2006
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