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LA GUERRE DES AGES AURA-T-ELLE LIEU ?

 

par Maurice SAT  (juin 2008)

                   

Compte rendu de la conférence de Jérôme Pellissier, écrivain- chercheur, dans le cadre du colloque annuel 2009, organisé par le Comité Départemental des Retraités et Personnes Agées du Vaucluse par Maurice Sat secrétaire général du CODERPA 84.***

 

L'origine du livre «  La guerre des âges » de Jérôme Pellissier remonte à la parution d'un dessin de Plantu dans le journal «  Le Monde ». Des jeunes bavardant disent à un « sénior »présent, « vous pourriez siffler moins fort, les jeunes voudraient travailler ».Cette caricature souligne que dans notre société les «  séniors » inactifs  nuisent aux jeunes.

D’autres propos tels que « le fléau du vieillissement de la population » ou l’instauration d’une retraite citoyenne à 80 ans conduisant à la suppression du droit de vote pour les personnes âgées sont des propos discriminatoires.

De tout temps on peut trouver dans la littérature de nombreux stéréotypes associés aux personnes âgées, mais dans ce cas on parlait de « conflit de génération ».

Aujourd’hui ce conflit prend la forme d’une guerre entre des vieux accusés de capter à leur profit les richesses matérielles et sociales du pays et des jeunes délaissés par une société en crise.

Les séniors ou personnes âgées sont accusés d'être des poids, des charges ou des freins pour la société. On fait porter ainsi à un groupe social, la responsabilité de toutes les difficultés de la société: chômage, déficit financier, etc... .

 

L’argument  quantitatif :

La prévision classique du nombre de personnes âgées en l’an 2050 correspond  à une vision négative de l'augmentation du nombre des personnes âgées. En effet, la société française ne pourra pas ressembler à celle d’aujourd’hui, comme celle d’aujourd’hui ne peut pas ressembler à celle du siècle dernier où il y avait plus d’un français sur deux orphelins à 20 ans. Aujourd’hui on ne se bat plus et les progrès scientifiques s’appliquent à tous, jeunes ou vieux confondus. Par contre la notion de grands-parents est une idée récente et positive dont on parle peu ou pas du tout. On insiste plutôt sur les aspects négatifs du vieillissement car le regard se concentre sur « l'âge d'or actuel » dans lequel l'être humain « idéal » est celui qui est actif de 30 à 50 ans pas plus !

Dans l'Europe à venir, il y aura seulement 9% de personnes de plus de 80 ans ce qui ne constitue pas une invasion ou « un tsunami démographique » ou une « peste grise » comme on nous l’annonce.

Ce discours alarmiste a pour but de rendre les personnes âgées responsables de tous les maux: chômage des jeunes, dette du pays, casse tête des retraites, gouffre de la Sécurité Sociale etc...

L’'immobilisme chez les personnes âgées:

La société ignore volontairement l’évolution relative de l’âge et du vieillissement.

Il y a 200 ans, une femme de 50 ans  était déjà une vieille femme. Aujourd’hui, et à plus forte raison demain,  le qualificatif de vieux est tout à fait relatif.

Après la guerre la retraite fixée à 65 ans faisait qu’une majorité de personne mourrait sans en avoir profité. Aujourd'hui les personnes partent à 60 ans à la retraite. Elles continuent à vivre leur vieillesse ce qui n'est pas une catastrophe sociale, mais un progrès social !

Alfred SAUVY s'interroge: «  Comment un peuple vieillissant peut- il supporter de vieillir et  de s'adapter à la marche du monde, puisqu’il n'accepte pas la nouveauté ».

Il élabore ainsi des stéréotypes qui justifient l'idée d'incapacité à s'adapter individuellement.

Des exemples nombreux prouveraient  que la vieillesse est la période où l’on met en pratique le mieux et le plus souvent, nos capacités d'adaptation.

Ce cliché de l’immobilisme est fréquent en matière politique ou socio politique quand on dit que la France est un pays de « vieux » inaptes au changement.

Comment peut-on ne pas être inquiet pour la démocratie si l'on considère que la voix d'un citoyen n'est pas égale à celle d'un autre. Aujourd'hui ce discours des stéréotypes est très souvent banalisé.

La banalisation des discours stéréotypés sur les personnes âgées:

Aujourd'hui on a une vision de l'homme focalisée sur l'économie. Chaque fois qu'on parle des problèmes économiques ce sont les retraités qui deviennent l'axe du raisonnement.

La question des retraites est présentée comme un problème. Pour celui qui travaille, la question des retraites relève d'un problème des jeunes. On assiste ainsi à une mise en conflit entre les catégories sociales. Les passifs sont opposés aux actifs, les actifs sont opposés aux retraités qui deviennent les boucs émissaires de la société.

Le problème des retraités et des retraites n'est pas un problème mais une question de financement. Les retraites aujourd'hui sont présentées comme « un don ».

En matière de santé, on est dans un discours analogue qui présente les dépenses de santé comme de mauvaises dépenses. Les dépenses de santé sont des dépenses qui témoignent que dans notre pays la santé est une préoccupation sociale .Tout autre discours constitue un recul!

La culpabilisation des personnes âgées: la fabrication des boucs émissaires:

Les personnes âgées sont donc montrées comme les coupables de la situation dans laquelle nous nous trouvons.

Les séniors sont plus riches que les actifs, ils vivent aux dépens des autres générations. C'est un discours accusateur.

La retraite moyenne en France est de 1200euros, et 60% des femmes retraitées ont moins de 800 euros par mois. Les personnes âgées, les vieux sont des stéréotypes car il y a un décalage entre le discours et la réalité. On présente la situation comme si les personnes âgées appartenaient à une catégorie sociale privilégiée.

Le vocabulaire employé par les journalistes français illustre ces propos : les séniors sont «  aisés et oisifs » « ils passent leur temps à voyager »

«  Le vieillissement de la population menace telle une déflagration », « il existe un excédent de personnes âgées par rapport aux capacités de financement des retraites ».

Le tissu social en France est formé par les anciens. Les personnes âgées jouent un rôle important pour les personnes âgées malades ou les petits enfants à garder.

Une grande partie des personnes ayant besoin de soins est prise en charge par des proches, d'où le rôle fondamental des retraités qui viennent en aide aux autres soit directement soit par le biais de la vie associative.

On trouve parfois un article positif pour tant d’autres négatifs.

Les vieux victimes de l’ostracisme ambiant :

Aujourd'hui, tous ces discours sont possibles car on a une vision uniquement économique de l'individu. Dans une société qui a une telle phobie de la vieillesse c'est la vieillesse qui devient indigne d'être vieux. La dignité d'un être humain n'a rien à voir avec son âge. La représentation de l'homme aujourd'hui utilise les personnes âgées et la vieillesse associée à la maladie et à la mort, comme des modèles à ne pas ressembler: des contre-modèles.

Les stéréotypes  sur l'âge et le vieillissement sont ancrés. Quand on voit un vieux qui ne correspond pas au cliché préétabli, alors c'est qu'on a à faire à un « faux vieux. »

Conclusion:

A travers la représentation des personnes âgées par des stéréotypes ou des clichés, il y a des enjeux économiques et une idéologie qui correspondent  à une conception de l'être humain centrée sur son utilité. Ainsi certains êtres humains seraient plus précieux que d'autres.

Ceci établit une hiérarchie des rapports entre les individus opposant les bons et les mauvais ce qui est d'une gravité extrême.

 

***Jérôme PELLISSIER est l’auteur du livre «  La Guerre des âges » publié chez Grasset

 

Maurice SAT, membre du CODERPA