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Amicale des anciens et des personnels du Lycée Professionnel Vauvenargues

 

 

A PROPOS DE LA CÉLÈBRE "BATAILLE DE POURRIÈRES"…

Jean Ganne  octobre 2001

 

 

 

                Souvent, des  Sociétaires s'interrogent (et nous font part de leurs doutes…) à propos de la fameuse et importante "bataille de Pourrières" ; "Que savons-nous de ces événements ? L'affrontement a-t-il vraiment eu lieu dans cette plaine ? Dans quelles circonstances ?" etc, etc…. En fait, le déroulement de ce combat, au cours duquel fut stoppée l'avancée des hordes barbares vers Rome, à l'extrême fin du II e siècle  avant J.C., a donné lieu à bien des débats entre spécialistes, particulièrement à la fin du XIXe siècle et au début du XXe. De nombreuses questions essentielles ne sont d'ailleurs toujours pas résolues de manière satisfaisante, faute de preuves définitives, et ne le seront très probablement jamais ! On n'est même pas absolument sûr du lieu de l'affrontement (ou des affrontements, car il peut y en avoir eu plusieurs) : Pertuis, Roquefavour, Aix, Pourrières, bien des localisations différentes ont été proposées par les chercheurs, certaines d'ailleurs peu crédibles, il faut l'admettre ; beaucoup d'entre eux ne connaissaient manifestement pas la topographie des lieux qu'ils citaient, ou bien transformaient à leur gré les rares informations en notre possession, de nos jours…

 

Afin que chacun puisse plus aisément se faire sa propre opinion et surtout apprécier les difficultés, nous avons jugé essentiel de revenir en premier lieu à la source de documentation principale que constitue la relation faite par Plutarque, dont il est parfois malaisé de se procurer une traduction moderne, claire et surtout fiable. Le texte original a été abrégé pour des raisons d'efficacité et de gain de place, tout en conservant littéralement les phrases et expressions relatives aux événements eux-mêmes, aux lieux, aux circonstances, qui représentent en fait les données d'information primordiales. L'écrivain grec Plutarque a vécu de 50 env. ap. J.C. à env. 125 ap. J.C., et a par conséquent relaté des faits qui dataient déjà de deux cents ans environ ! La majorité de ceux-ci lui ont donc été très probablement communiqués par ouï dire, avec tout ce que cela suppose comme légendes et approximations. Malgré ses insuffisance chronologiques et surtout topographiques, causes des divergences d'interprétation ultérieures, il représente pourtant la base essentielle, presque unique, à laquelle on a recours pour cet épisode de la campagne militaire des Romains contre les Teutons, en 102 av. J.C., en Gaule. Plutarque a consacré à ce sujet environ sept pages de livre actuelles, dans son ouvrage "Les vies parallèles", plus précisément dans le chapitre sur la vie de Marius (ici, traduction française de Ricard, plus aisément compréhensible que celle d'Amyot, un peu obsolète par son style).

                Les phrases particulièrement importantes pour le déroulement des événements  et leur localisation ont été mises en évidence par des caractères plus gras.

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I - RESUME DES PAGES CONSACREES PAR PLUTARQUE A LA CAMPAGNE DE MARIUS EN GAULE, CONTRE LES TEUTONS

 

                " On porta (à Rome) la nouvelle de l'invasion des Teutons et des Cimbres. Ce qu'on en disait se trouva bientôt au-dessous de la vérité : ils étaient 300.000 combattants, tous bien armés, et traînaient à leur suite une multitude beaucoup plus nombreuse de femmes et d'enfants. On ignorait à quelles nations ils appartenaient. Ils étaient de ces peuples de la Germanie qui habitent sur les bords de l'océan septentrional. Leur courage et leur audace, leur force et leur vivacité dans les combats étaient comparables à la violence de la foudre ; rien ne pouvait leur résister. Ils s'enhardirent à marcher sur Rome, encouragés par leurs victoires.

" Le peuple Romain, très inquiet, appela Marius à la conduite de la guerre. Celui-ci ramena son armée d'Afrique et partit pour son expédition, après avoir durement entraîné ses soldats (appelés les "mulets de Marius" pour leur esprit de discipline). Pendant ce temps, les barbares se dirigèrent vers l'Espagne, puis revinrent en direction de Rome. Marius repassa les Alpes et plaça son camp sur les bords du Rhône *(1). Pour faciliter le transport des provisions (les embouchures du fleuve étaient emplies de vase et de graviers) et occuper son armée, il fit creuser un large fossé, qu'il conduisit jusqu'à un endroit du rivage sûr et commode. Le fossé avait assez de profondeur pour contenir de grands vaisseaux, et s'appelle encore aujourd'hui Fosse Mariane *(2) (d'où le nom actuel de Fos, NDRL).

 " Les barbares s'étant séparés en deux armées, les Cimbres gagnèrent la Haute-Germanie, les Teutons et les Ambrons vinrent en côtoyant la mer et marchèrent contre Marius. Les ennemis, non contents de piller et de ravager tous les environs, venaient insulter les soldats jusque dans leur camp. Marius essayait de calmer ses soldats exaspérés et de les faire patienter, en attendant une occasion meilleure de combat. Persuadés alors qu'ils franchiraient les Alpes sans obstacles, les Teutons passèrent alors outre, en insultant les Romains et en se moquant d'eux. Ils furent, dit-on, six jours à défiler sans interruption devant les retranchements de Marius.

 " Quand ils furent tous passés, Marius décampa aussitôt et se mit à leur suite, choisissant pour camper des lieux forts d'assiette, qu'il fortifiait encore par de bons retranchements *(3). En continuant ainsi leur marche, les deux armées arrivèrent à un lieu qu'on appelle les Eaux de Sextius (Aix-en-Provence actuel, NDLR). Ce fut là que Marius résolut de les combattre *(4).Il prit un poste très avantageux, mais où l'eau n'était pas abondante. Comme la plupart des soldats se plaignaient de la soif, Marius, leur montrant de la main une rivière qui baignait le camp des barbares : "c'est là, leur dit-il, qu'il faut aller acheter de l'eau, au prix de votre sang. – Pourquoi, lui répondirent-ils, ne nous y mènes-tu pas tout à l'heure ? – Il faut auparavant fortifier notre camp". Cependant, les valets de l'armée, qui n'avaient d'eau ni pour eux ni pour leurs bêtes, descendent en foule vers la rivière avec leurs cruches, armés car ils s'attendaient à être obligés de combattre pour avoir de l'eau. Ils furent en effet attaqués par les barbares, en petit nombre car la plupart étaient à se baigner ou à prendre le repas. Ce lieu est rempli de sources d'eaux chaudes . Les cris des combattants en avaient bientôt attiré un plus grand nombre, et les plus belliqueux d'entre les barbares, les Ambrons, qui faisaient seuls plus de 30.000 hommes, coururent prendre leurs armes. Frappant leurs armes en mesure, ils marchaient tous ensemble en scandant le nom d'Ambrons. Les premiers d'entre les Italiens qui marchèrent contre eux étaient les Ligures, et ils répondirent aux barbares par le même cri, qui fut ainsi répété plusieurs fois dans les deux armées avant qu'elles n'en vinssent aux mains.

" Mais les Ambrons, en passant la rivière, rompirent leur ordonnance, et ils n'avaient pas eu le temps de la rétablir lorsque les Liguriens chargèrent les premiers rangs avec vigueur. Les Romains, accourant pour soutenir les Liguriens, fondirent de leurs postes élevés sur les barbares et les obligèrent à prendre la fuite. La plupart de ces derniers furent tués sur les bords de la rivière, dont le lit regorgea bientôt de sang et de morts. Leurs femmes, étant sorties au devant d'eux avec des épées et des haches, frappent à la fois les fuyards en les traitant de lâches, et leurs ennemis, avec un courage invincible. Ce premier combat, donné sur le bord du fleuve, fut plutôt l'effet du hasard que la volonté du général.

 " Les Romains regagnèrent leur poste, la nuit tombante, et, loin de se réjouir ou se reposer, passèrent toute la nuit dans la frayeur. Leur camp n'avait ni clôture, ni retranchements, et il restait plusieurs milliers de barbares qui n'avaient pas combattu. Avec ceux des Ambrons qui s'étaient sauvés de la défaite, ils poussèrent toute la nuit des cris horribles, qui faisaient retentir les montagnes voisines et les concavités du fleuve. Ce bruit affreux emplissait toute la plaine, et Marius s'attendait à un combat de nuit. Mais ils ne sortirent de leur camp ni cette nuit ni le lendemain. Cependant Marius, sachant qu'au-dessus du camp des barbares il y avait des creux assez profonds et des vallons couverts de bois, y envoya Marcellus avec 3.000 hommes de pied pour s'y mettre en embuscade et pouvoir charger les ennemis par derrière.

 " Le lendemain, dès la pointe du jour, il range ses soldats en bataille devant les retranchements, et envoie sa cavalerie dans la plaine. Sans attendre, les Teutons furieux s'arment et vont attaquer les Romains sur la hauteur même. Ceux-ci attendent qu'ils soient à porté du trait pour pouvoir ensuite charger l'ennemi, sur un terrain glissant et inégal qui détruisait leur force et leur ordonnance. Les barbares lâchèrent pied et regagnèrent peu à peu la plaine pour se remettre en ordre. Tout à coup, on entendit de grands cris venus des derniers rangs : Marcellus avait saisi le moment favorable pour fondre sur la queue de l'armée. Cette attaque imprévue mit bientôt le trouble dans l'armée entière, qui ne put résister longtemps à ce double choc. Les barbares prirent ouvertement la fuite. Les Romains, à leur poursuite, en tirèrent ou en firent prisonniers plus de 100.000. 

" Les soldats firent un triomphe à leur général, et décidèrent de lui donner tout le butin et les bagages saisis. Quelques historiens ne sont pas du même avis concernant le don de ces dépouilles et le nombre de morts. Ils disent seulement que depuis cette bataille les Marseillais firent enclore leurs vignes avec les ossements de ceux qui avaient été tués ; que les corps consumés dans les champs engraissèrent tellement la terre et la pénétrèrent à une si grande profondeur que l'été suivant elle rapporta une quantité prodigieuse de fruits. Ce qui vérifie ce mot d'Archilogue, que rien n'engraisse plus la terre que les corps qui y pourrissent*(5).

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II – NOTES SUR LE TEXTE DE PLUTARQUE

 

*(1) – Dervieu et Duranti La Calade (voir plus loin) pensent que le camp romain était alors installé à Glanum, et celui des Teutons dans la plaine entre Saint-Rémy et Mollègès. Pour quitter leur camp, les barbares furent obligés de cheminer entre les Alpilles et la Durance, vers Orgon, et le passage trop rétréci pour leur nombre expliquerait la longueur de leur défilé.

 *(2) – On connaît à peu près le tracé du canal appelé "Les Fosses Marianes" (du nom de Marius, bien entendu). Schématiquement, l'un des fossés, rectiligne, avait une direction N-S, depuis Arles vers la côte, en rive gauche du Rhône, et l'autre tronçon qui rejoignait ce premier partait à angle droit, d'O en E, en longeant presque le rivage, jusqu'à l'actuel Fos-sur-Mer. Mais il ne faut pas oublier que la configuration du bord de mer dans ce secteur a beaucoup varié depuis 2.000 ans (voir à cet égard le port médiéval d'Aigues-Mortes, d'où Saint-Louis s'embarqua pour la croisade, maintenant ensablé…).

 *(3) – Quel trajet suivirent les barbares entre Orgon et Aix ? Deux trajets possibles sont proposés par Gilles aussi bien que par Dervieu : l'un par Lambesc, l'autre par Pélissane. Quoiqu'il en soit, ils ont dû aboutir près d'Eguilles, puis se répandre dans la vallée de l'Arc aux environs d'Aix. Mais les Romains étaient-ils derrière eux, ou suivaient-ils une route, sur des hauteurs, alors que les Teutons et leurs chariots étaient obligés de se déplacer en plaine, de préférence ? La seconde hypothèse semble plus probable (Duranti-La-Calade).

 *(4) – D'après Duranti La Calade, il est facile de déterminer le lieu de cette action, qu'il considère comme une première bataille (l'autre s'étant effectivement déroulée à Pourrières, selon lui : voir § suivant). Les Barbares sont en rive droite de l'Arc (que les Latins nommaient Caenus), au S d'Aix, là où les eaux thermales descendent depuis les sources d'Aix pour se jeter dans la rivière, et une partie de leur immense horde est également installée de l'autre côté, quelque part vers le couchant, dans la vaste plaine de la rive gauche qui s'étire des Milles à Eguilles. Les Romains sont placés en hauteur, en rive gauche, en face des barbares : c'est le Montaiguet, seule hauteur possible. Cette "bataille d'Aix" a dû se dérouler non loin du pont actuel sur l'Arc où passe la RN 8 d'Aix à Marseille.

 *(5) – D'où, selon la tradition, le nom même du village de Pourrières (campus putridi = champs pourris, par le grand nombre de cadavres bien entendu). Toutefois, cette étymologie a été très contestée par certains spécialistes, notamment Frédéric Mistral lui-même dans son Trésor du Félibrige, qui pensent que Pourrières signifie beaucoup plus banalement "lieu où abondent les poireaux", porri… C'est évidemment bien moins glorieux ! Quant aux vestiges du "monument de Marius", dont on ne connaît pas la destination exacte ni la date, très dégradé et dont de simples traces subsistent au bord de L'Arc, à 100 m. du pont franchissant la rivière tout proche de la RN 7 (carrefour), il s'agit d'un autre problème, non moins mystérieux que celui de la bataille : C. Brémond en avait fait une étude très documentée et absolument exemplaire par sa clarté dans le n° 15 de notre revue (janvier 1975), qui figure avec un plan du site de Tégulata dans l'album des vingt premiers numéros réédités en octobre 2001 à l'occasion du cinquantenaire de la SERHVA.

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III - QUELQUES INTERPRETATIONS DONNEES AU TEXTE

 

1 – Auteurs anciens, puis apparition au XVIe siècle de toute une "légende marienne", qui s"amplifiera par la suite.

 

- En plus du texte grec de Plutarque, qui reste la source détaillée essentielle, la bataille est évoquée dans les sommaires des ouvrages de Tite-Live (les ouvrages eux-mêmes sont perdus) ; dans "l'Abrégé d'histoire romaine" de Florus ; dans les "Histoires" de Paul Orose (livre V),dont les écrits datent de 600 ans après les événements ; Villeius Paterculus, Aurelius Victor et Eutrope, la mentionnent en quelques lignes seulement.

- Au XVIe siècle, l'archéologue Aixois Raymond de Solliers, probablement à l'origine de légendes faciles, et dont la frénésie d'antiquités est responsable de toute une tradition d'anecdotes très fantaisistes sur la campagne du général Caius Marius, s'y intéresse à nouveau. Ces pures inventions ont été souvent reprises depuis les XVIIe et XVIIIe siècles, et se retrouvent fréquemment encore de nos jours depuis le XIXe siècle, ici ou là : prisonniers précipités dans le Garagaï (dont le nom est même attribué à la prophétesse Galla, d'où Galla Caius et , par corruption, Garagaï !), temple érigé par Marius au sommet même de la montagne, nom de Sainte-Victoire attribué au massif pour célébrer son succès, etc…etc… On est en pleine fiction. Raymond Burles, à la même époque, le suit dans cette voie de la fable et de la "légende marienne".

- Au XIXe siècle, le mythe s'amplifie encore avec de plus en plus de succès, par exemple dans les romans historiques médiévaux, fort à la mode, de Walter Scott. Dans "Charles le Téméraire ou Anne de Geierstein", paru en 1829, qui se passe au temps du Roi René, Marius est censé avoir fait bâtir un monastère (!) au sommet de la Sainte-Victoire, dédié à la Vierge Marie d'où il tenait son nom (!!!). Sans commentaires… C'est d'ailleurs au cours du XIXe Siècle que le prénom même de Marius s'impose en Provence : auparavant, il ne se retrouve guère.

 

                Le scrupuleux historien Michel Clerc, au début du XXe siècle ("Aquae Sextiae, 1916), rappelle très justement : "Le souvenir de la victoire de Marius sur les Teutons, dans les environs d'Aix, ne nous a été conservé ni par l'épigraphie, ni par aucun monument d'architecture ou de sculpture, ni par les noms de lieux, ni par les noms de personne… Jusqu'au XVIe siècle, il n'y a eu sur cet événement aucune tradition locale… Tout le monde vit sur quelques données acceptées sans contrôle."

 

2 – Principales difficultés rencontrées dans l'interprétation rationnelle du texte.

 

                Bien des historiens ou des chercheurs, surtout entre 1850 et 1920, ont suggéré des interprétations très diverses du texte de Plutarque. Les archéologues Gérin-Ricard, Gilles, Clerc, l'abbé Chaillan entre autres se sont fortement intéressés à la question, en particulier en analysant les descriptions des événements en fonction d'un terrain qu'ils connaissaient. Il faut bien admettre que le récit manque de précision sur des points essentiels (la rivière, la plaine du combat, la position de Marius, etc…), et que la localisation des principaux événements ne peut se faire que par déductions chronologiques, topographiques et stratégiques. En particulier, plusieurs mentions d'éléments primordiaux semblent inconciliables :

 - Les "eaux thermales", première grande difficulté. Dans la région, il n'y a qu'à Aix qu'elles coulent, ce qui définit bien le secteur décrit par Plutarque, et la rivière citée ne peut être que l'Arc. Or, il n'y a pas de vaste plaine à proximité permettant une bataille d'envergure, sauf vers Eguilles : mais alors il n'y a pas d'eau à moins de 6 km, et les eaux chaudes y sont inconnues… Certains auteurs, pourtant, n'ont pas hésité à y placer le combat, d'autres à le situer entre Les Milles et Roquefavour, Marius étant sur l'oppidum de Pierredon ("Histoire de Provence" de Bouche) ; ou bien à installer le camp barbare aux Pinchinats, en prétendant des résurgences de sources thermales à cet endroit et disparues de nos jours ("Statistiques" de M. de Villeneuve) ; ou bien encore à placer ce camp à Meyreuil ! Pour E. de Saint-Eutrope ("Observations d'un Provençal…" 1892), les Ambrons se seraient d'abord fait battre près de la Durance (la rivière citée par Plutarque), puis ensuite les Teutons dans la plaine de Pourrières (et les eaux chaudes ? ), avec, ressurgissant encore dans son ouvrage comme autant de pseudo arguments, les légendes du feu de la Victoire sur la montagne, de la prêtresse Galla, des 300 prisonniers jetés dans le gouffre du Garagaï (au fond duquel on n'a jamais trouvé la moindre trace d'armure ou d'accessoire romain ou barbare !), etc… Bien d'autres exemples d'explications diverses pourraient être citées.

 - La vaste plaine où a dû se dérouler une telle bataille, qui peut être effectivement Pourrières et où Marius, fin stratège, a pu déployer ses troupes depuis une hauteur favorable choisie d'avance, soit le plateau du Cengle, soit l'oppidum de Pain-de-Munition. Mais il ne peut s'agir alors de l'unique bataille, car la situation du camp romain n'aurait pas permis à Marius de désigner une rivière à ses soldats : l'Arc est au moins à 9 km, pratiquement invisible, et surtout bien trop éloignée pour que les valets aillent s'y ravitailler en eau.

                 On ne peut évidemment citer ici toutes les différentes interprétations et suggestions. Sans vouloir aucunement trancher ce débat de spécialistes (je n'en suis pas un), il me semble que deux chercheurs en particulier ont essayé, à la fin du siècle dernier, d'apporter des propositions logiques et plausibles au problème : Claude Dervieu, capitaine d'infanterie ("Campagne de C. Marius contre les Teutons"), et surtout M. de Duranti-La-Calade, ancien magistrat ("Observations d'un habitant d'Aix sur la brochure de M. Claude Dervieu", 1892).

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IV – PROPOSITIONS DE DURANTI-LA-CALADE.

 

                Dervieu, en tant qu'officier, a été le premier à tenir compte des principes militaires du général romain et de l'aspect stratégique du problème. Mais, en plaçant un unique combat dans la plaine de Pourrières, il n'a pu que passer, entre autres, sous silence lui aussi le renseignement constitué par l'épisode des "eaux thermales", donc un affrontement antérieur obligatoirement à Aix…

                Duranti-La-Calade reprend quelques-unes de ses conclusions, mais lui distingue fondamentalement deux batailles : celle d'Aix (vers le Pont de l'Arc, voir note N° 4) et celle de Pourrières qui se serait déroulée deux ou trois jours après. Evidemment, il est obligé pour cela d'interpréter également le texte, et d'ajouter une levée de leur camp par les Romains durant la nuit suivant le premier affrontement d'Aix, chose que Plutarque n'indique pas nettement dans son énoncé. C'est pourtant la solution la plus couramment admise actuellement, même si l'entorse faite au document n'est pas absolument satisfaisante pour l'esprit. Sans que nous puissions ici entrer dans le détail de son argumentation, trop longue, l'hypothèse de Duranti permet d'expliquer à la fois la phrase de Marius à ses soldats devant l'Arc, les eaux

chaudes d'Aix, le choix stratégique par Marius du champ de bataille de la vaste plaine de Pourrières, beaucoup plus favorable pour lui, etc…

                Duranti pense que les Romains, dès qu'ils furent certains de la direction de La Trévaresse prise par les barbares, vers Aix pour ensuite atteindre les Alpes, les précédèrent alors pour arriver avant eux, et s'installèrent d'abord au Montaiguet, pour avant tout pouvoir observer. Après le premier affrontement, qu'il n'avait pas prévu aussi violent et probablement même pas cherché, Marius, en même temps qu'il levait son camp dans la nuit, envoya Marcellus contourner la Sainte-Victoire probablement par le Nord, en un mouvement tournant, afin de redescendre le moment voulu dans la plaine de Pourrières – Trets, dans le dos des barbares. Duranti est convaincu que le général romain, après être passé par le tracé de la Voie Aurélienne (Beaurecueil, et pied de la barre), installa ses troupes sur le plateau du Cengle, position exceptionnelle dominant la grande plaine, et non seulement au Pain de Munition, qui n'était qu'un camp d'approvisionnement et un appui en cas de fuite vers le Nord.

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                 En fait, de l'aveu même de la plupart des historiens d'hier et d'aujourd'hui, il est très difficile, là encore, de déterminer de manière exacte la position des Romains et l'emplacement précis du camp des Teutons, les données fournies par les historiens anciens étant insuffisantes. Toutefois, il est maintenant admis généralement qu'il a bien dû y avoir deux affrontements successifs distincts, l'un près d'Aix, l'autre entre Trets et Pourrières, et non une unique bataille : mais bien des obscurités subsistent encore, notamment dans l'enchaînement des événements et dans leur localisation…

Aussi, dans ces conditions, élaborer des soi-disant plans de bataille et des schémas, présentés comme sûrs et définitifs sans que les lieux de l'action eux-mêmes soient réellement établis, et imaginer de toutes pièces de multiples dialogues entre les partenaires, comme l'a proposé tout récemment encore l'auteur d'un ouvrage sur la question de la bataille de Pourrières, relève, à mon sens, de l'interprétation romanesque (qui est en soi un genre tout à fait estimable, d'ailleurs), mais non d'une véritable recherche historique.

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Monument de Marius, à Pourrières, imaginé au XIXe siècle.

(Institut historique)